Le secret de polichinelle étant depuis longtemps levé, ce n’est pas trahir la mémoire de feu Mitterrand que d’affirmer qu’il nous couillonna tous d’entrée : le
président élu le 10 mai 1981 était déjà malade de son crabe et nullement assuré de finir son mandat. Aussi n’est-on pas franchement étonné de découvrir qu’au bout de trois ans de règne et autant
de dévaluations, voyant s’approcher une inévitable cohabitation, le rusé renard fit le nécessaire pour mettre, sinon lui, du moins ses ayants droit à l’abri. Il décida donc de doter royalement
les présidents de la République sortants.
C’est ainsi que, le 8 janvier 1985, le Premier ministre Laurent Fabius envoyait une charmante lettre à Valéry Giscard d’Estaing, celui qui avait quitté l’Élysée à pied, sous les
huées, par la rue du Faubourg-Saint-Honoré. En guise d’excuses et de compensation, sans doute, pour l’absence totale de savoir-vivre de cette nouvelle gauche qui mangeait désormais le caviar à
pleines mains, en guise aussi d’assurance pour un avenir qu’il savait compromis, le président Mitterrand offrait aux membres de sa confrérie un parachute en platine.
Voici ce que disait la lettre : « Le président de la République a estimé nécessaire de définir (…) un certain nombre de règles fixant de manière permanente le statut dans la Nation
des anciens présidents de la République et des conjoints des présidents de la République décédés, en ce qui concerne tant leur situation personnelle que les conditions de leur participation à la
vie publique. »
Suivent les mesures en question.
Tout d’abord, « il leur est attribué par l’État un appartement de fonction meublé et équipé, dont la maintenance et les charges, y compris le téléphone, sont assurés par
l’État ». Et pour éviter les soucis de femme de ménage ou de jardinier, « deux personnes prises en charge par l’État sont affectées au service de leur appartement de
fonction ». S’ajoutent à cela, chose connue, deux flics au moins pour monter la garde. Dispositions élargies si ce petit monde se sent menacé. Et, bien sûr, ces mêmes dispositions
peuvent être prises pour les conjoints des présidents décédés. Et accessoirement les maîtresses, sans doute, Mazarine et sa maman ayant vécu vingt ans dans les appartements et sous la protection
de la République.
Pour leurs déplacements, on leur octroie évidemment une voiture de fonction à titre permanent avec deux chauffeurs, et leurs voyages ainsi que ceux de la famille sont intégralement
pris en charge, en France comme à l’étranger, « sur l’ensemble des réseaux publics ferroviaires, aériens et maritimes, dans la meilleure classe ». Comme il serait dommage
qu’ils cassent leur tirelire pour payer l’hôtel, c’est l’ambassade de France ou les services consulaires qui prennent en charge leur hébergement lorsqu’ils voyagent à l’étranger. Sur le
territoire national, c’est monsieur le préfet qui prête sa chambre et sa cuisinière. Il va de soi que dans le cas où le président aurait rendu sa belle âme à Dieu, ces avantages peuvent être
octroyés au conjoint survivant pour autant qu’il en fasse la demande. Il fallait bien protéger la si cocue Tatie Danielle…
Enfin, pour que l’ex-président puisse gérer au mieux ses petites affaires, la République lui offre généreusement « sept collaborateurs permanents appartenant à la fonction publique ou
rémunérés par l’État sur contrat » : un chef de cabinet, deux assistants pour leur secrétariat, un fonctionnaire des archives nationales et trois secrétaires pour les menus
travaux. On paie aussi un secrétaire et une voiture avec chauffeur à maman, histoire de l’assister dans son shopping.
On le
devine, tous ces avantages en nature perdurent et ont été appliqués à tous les anciens Présidents. Le député René Dosière, qui s’est taillé avec son livre L’argent de l’État une vraie
réputation de malveillant, s’est penché sur les comptes. Il estime le coût annuel de ces avantages en nature à 1,5 million d’euros par tête. Soit, pour Valéry Giscard d’Estaing, un total de 42
millions d’euros depuis 1985. Jacques Chirac, toujours gracieusement logé quai Voltaire chez ses amis Hariri, nous a déjà coûté 9 millions d’euros.
Quant à Nicolas Sarkozy, il a en effet « tout loisir d’utiliser ses sept collaborateurs et son bureau financés par la République pour lui organiser, pour son compte propre, des
conférences internationales facturées 200.000 euros l’unité ».
Il paraît
qu’on a fait la Révolution de 1789 pour en finir avec les privilèges de l’Ancien Régime. En principe. Certes, la monarchie coûtait cher au peuple, mais, au moins, quand on criait « Vive
le roi ! », c’est que le précédent venait de dégager. Nous, nous entretenons actuellement quatre monarques dont l’espérance de vie, compte tenu des progrès de la médecine, va pour
les plus âgés de 10 ou 15 ans à une bonne trentaine d’années pour les deux plus jeunes. Tous cumulards en retraites diverses : retraite de Président, de ministre, de député, de maire, de
sénateur, de haut fonctionnaire, etc.
Hollande et ses pseudo-rêves d’impécunieux est-il prêt à mettre un terme à cela ? Ou bien va-t-il continuer à nous traire jusqu’à nous assécher tous par l’impôt pour continuer de financer
cette caste d’encroûtés à laquelle il appartient ?
Source