Le foot gangréné par le fric et la dope (par Joris Karl)
La coupe est presque pleine, mais ce n’est pas un
trophée dont le monde du foot se gargarise. Depuis quelques jours, il semblerait que l’immense machine à cracher du ballon rond soit grippée. Surchauffe totale de tout un système qui met
visiblement mal à l’aise jusqu’aux commentateurs du petit écran. Faudrait pas que le gagne-pain parte en fumée !
L’affaire
du « Qatargate » — l’attribution douteuse du mondial 2022 au Qatar — avait à peine le temps de refroidir qu’Europol mettait les chaînes d’infos en alerte rouge : entre
2008 et 2011, pas moins de 380 matchs auraient été truqués, impliquant 425 arbitres, dirigeants et joueurs… C’est vrai que devant certains penaltys généreusement sifflés ou les étranges erreurs
de certains joueurs, on pouvait se poser quelques questions… Des rencontres de grands championnats comme la Bundesliga allemande, mais aussi des matchs de la Ligue des Champions et même des
éliminatoires de la Coupe du monde sont concernés. Charme de la mondialisation, c’est un mystérieux syndicat du crime situé à Singapour qui serait le coupable principal. Après les salaires
absurdes ou le comportement pitoyable de bien des « stars », on n’avait pourtant pas besoin d’en rajouter.
Dans le même temps, Saint Platini,
président de l’UEFA, s’est pourtant lancé dans une improbable croisade pour le « fair play financier » afin de rééquilibrer un peu les compétitions européennes trustés depuis
15 ans par des clubs hyper dépensiers… mais endettés jusqu’à la moelle, comme le Real de Madrid ou Manchester… Dans l’optique de ce programme, un club ne devrait pas pouvoir recruter de joueur
s’il ne dispose de l’argent nécessaire. On l’a rapidement vu, les grands clubs se sont vite assis sur la réforme.
Plus discrètement, le football a peut-être entamé sa longue agonie l’an dernier, quand
fut prise une décision qui écœura bon nombre de supporters issus des milieux populaires : les matchs de la grande coupe d’Europe ne seraient désormais plus diffusés en clair. Ces dernières
années, on réservait en effet, grâce à une sorte de jurisprudence, au moins un grand match par tour sur une chaîne gratuite (en l’occurrence TF1). Mais depuis septembre 2012, il faut
obligatoirement s’abonner à Canal ou à BeInsport pour voir les pelouses du foot international. Le pognon, y a que ça de vrai ! Seule l’équipe de France est pour le moment
épargnée par ce black-out.
L’argent qui dévore tout pourrit également le
corps des joueurs, dévasté par le dopage à grande échelle. C’est d’Espagne que nous vient la triste histoire du docteur Fuentes. Ce pape du dopage sanguin, connu pour avoir gonflé à bloc les
cyclistes, commence ces jours-ci à déballer son sac devant le tribunal pénal de Madrid : « J’ai travaillé avec plusieurs clubs de première et deuxième division
espagnoles »…
À ce rythme-là, le foot va suivre le chemin du catch. Au moins, on ne se fera plus d’illusion sur les résultats !
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