Sécheresse : derrière l’urgence, la crise structurelle de l’agriculture française
Cet été, la sécheresse et les vagues de chaleur ont frappé de plein fouet nos campagnes.
Prairies brûlées, récoltes amputées, maïs et fourrages en difficulté, bétail qu’il faut parfois nourrir avec plusieurs semaines d’avance : derrière les statistiques climatiques, ce sont des exploitations déjà fragiles qui voient leurs revenus fondre tandis que leurs charges, elles, ne disparaissent jamais.
Comme toujours, la réponse française tient en un mot : aides.
Un nouveau chèque, une nouvelle enveloppe exceptionnelle, quelques millions ou quelques milliards distribués par Paris ou Bruxelles.
C’est la vieille mécanique de l’État-providence : étrangler d’abord, subventionner ensuite.
Car avant de se demander combien d’argent public il faudrait encore verser aux agriculteurs, on pourrait commencer par se demander combien l’État leur prend et combien de contraintes il leur impose.
Fiscalité foncière, prélèvements sociaux, taxes et redevances sur l’énergie et l’eau, contrôles administratifs, normes phytosanitaires, règles sur les nitrates, contraintes d’irrigation, conditionnalité de la PAC, obligations environnementales, traçabilité, normes sanitaires, règles applicables aux élevages : l’agriculteur français est devenu simultanément producteur, comptable, juriste et fonctionnaire de sa propre exploitation.
À cela s’ajoutent les choix réglementaires français qui, dans certains domaines, vont au-delà du minimum exigé au niveau européen.
Et pendant que l’on explique à nos paysans comment cultiver leur propre terre, on ouvre largement notre marché à des produits venus de pays où les coûts et les normes ne sont pas comparables.
C'est une absurdité totale.
On impose davantage de contraintes au producteur français, puis on lui demande d’affronter à armes inégales la concurrence internationale.
Une politique agricole cohérente devrait d’abord réduire ce carcan fiscal et administratif et garantir une concurrence réellement équitable.
Lorsqu’un produit peut être cultivé, élevé ou transformé en France dans des conditions raisonnables, favoriser la production nationale et protéger les filières stratégiques constitue au minimum une question légitime de souveraineté alimentaire.
La France possède des terres, des savoir-faire, des agriculteurs et une tradition agricole exceptionnelle. Elle ne devrait pas considérer ses paysans comme les assistés permanents d’un système qui les affaiblit avant de prétendre les sauver.
Les agriculteurs ne rêvent pas de remplir des formulaires pour obtenir une indemnité supplémentaire. Ils veulent produire. Ils veulent vendre leur travail à un prix qui leur permette d’en vivre. Ils veulent investir, transmettre leur exploitation et regarder l’avenir autrement qu’en attendant la prochaine intempérie et le prochain guichet administratif.
Le véritable enjeu n’est donc pas de transformer les agriculteurs français en mendiants de Paris ou de Bruxelles. Il est de créer les conditions économiques et administratives qui leur permettent de ne plus avoir à tendre la main.
Thomas Joly - Président du Parti de la France
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