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Le blog politique de Thomas JOLY

Afrique : démocratie, paravent légal des dictatures ethniques (entretien avec Bernard Lugan)

14 Juin 2013, 07:30am

Publié par Thomas Joly

http://blog.rc.free.fr/blog_equipe/bernard%20lugan%203.jpgL’historien Bernard Lugan vient de publier « Les guerres d’Afrique : Des origines à nos jours », aux Éditions du Rocher. Il répond aux questions de Boulevard Voltaire.


Vous rappelez que, de 2000 à 2010, 70 % des décisions des Nations unies et 45 % des séances du Conseil de sécurité ont été consacrées à l’Afrique. Est-ce à dire que ce continent est condamné à la violence et à la guerre ?


Je me borne à un constat : après 1960, l’Afrique fut ravagée par de multiples conflits qui firent des millions de morts et des dizaines de millions de déplacés. Alors que, jusque-là, le cœur de la confrontation entre les deux blocs avait été l’Asie (Chine, guerre de Corée, guerre d’Indochine puis du Vietnam, etc), l’Afrique devint à son tour une zone disputée, tant au Congo que dans la Corne ou dans le cône sud.

 

Je ne dis pas que le continent est condamné à la violence, ce qui ferait de moi un déterministe alors que je suis simplement un observateur, mais j’affirme en revanche que si les trois points suivants ne sont pas réglés, l’Afrique ne connaîtra jamais la paix :

 

http://a142.idata.over-blog.com/2/23/08/90/IMAGES-suite/FDLR-troops-march-in-Democratic-Republic-of-Congo.jpg1- En Afrique où l’autorité ne se partage pas, la transposition des institutions politiques occidentales s’est faite sans qu’auparavant il ait été réfléchi à la création de contre-pouvoirs, au mode de représentation et d’association au gouvernement des peuples minoritaires, condamnés par la mathématique électorale à être pour l’éternité écartés du pouvoir.
2- La démocratie majoritaire, pertinente dans des sociétés homogènes et individualistes, telles celles des États-nations d’Europe occidentale, l’est apparemment moins dans les sociétés africaines où les définitions sont communautaires et hétérogènes. Or, grâce à la démocratie majoritaire, des peuples démographiquement dominants échappent par définition à l’alternance politique, détournant ainsi la finalité démocratique théorique du principe majoritaire. La contradiction est donc totale car la démocratie sert de paravent légal à des dictatures ethniques profitant aux peuples dont les femmes ont été les plus fécondes, d’où des guerres.
3- L’idée de nation n’est pas la même en Europe et en Afrique puisque, dans un cas, l’ordre social repose sur des individus et dans l’autre sur des groupes. Or, le principe du « one man, one vote » (« un homme, une voix ») interdit la prise en compte de la seule réalité politique africaine qui est la communauté.

 

http://www.lexpress.fr/medias/209/kouchner-11-france-politics-government-kouchner-files_170.jpgPour tenter de limiter le nombre des conflits africains, il est donc nécessaire, non pas de noyer le continent sous des aides qui, en plus d’être inutiles, l’infantilisent, mais de trouver un moyen constitutionnel permettant de répondre à une question essentielle : comment éviter que les plus nombreux soient automatiquement détenteurs d’un pouvoir issu de l’addition des suffrages ? Tant qu’une réponse n’aura pas été donnée à cette interrogation, les États africains seront perçus comme des corps étrangers prédateurs par une large partie de leurs propres « citoyens », ce qui fait que les foyers potentiels de guerre continueront d’être innombrables. Lire la suite

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