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Le blog politique de Thomas JOLY

Une CGT plus inutile que nuisible… (par Étienne Lahyre)

23 Mars 2013, 09:37am

Publié par Thomas Joly

http://dessinsdechard.free.fr/img/cgt2.gifQu’il est bon, pour la bourgeoisie, de vitupérer et de railler la CGT. La CGT, c’est l’archétype du bon ennemi, celui dont la détestation parvient à fédérer les innombrables chapelles de la droite. Qui dénonceront pêle-mêle son conservatisme forcené (réputé être la cause principale de la perte de compétitivité de la France), la beaufitude de ses membres perçus comme des cossards de première et la survivance de croyances surannées telles la lutte des classes, voire la révolution prolétarienne. Le bourgeois est ainsi : il préférera toujours un mauvais actionnaire, un spéculateur cynique aux représentants de la classe laborieuse, quels qu’ils soient. Sa stupidité crasse le pousse à croire aveuglément à la légitimité de l’ensemble des composantes de l’ordre établi, religieuses, politiques et économiques et à raisonner bien souvent par syllogismes : réussir, c’est (forcément) gagner de l’argent ; or, ceux qui réussissent l’ont (toujours) mérité ; donc, revendiquer davantage de justice sociale et défendre les droits de ceux qui ont moins est parfaitement illégitime. Voici, à peine résumé, le credo simpliste d’un Yves de Kerdrel ou d’un étudiant en 1ère année d’école de commerce.

 

CGT Lutter plus pour voler plusLes libéraux sont-ils en train de gagner la partie ? Au vu des résultats du sondage IFOP relatif à l’image de la CGT (PDF) , on pourrait apparemment le croire. Jamais, depuis 2002, les Français n’avaient eu une perception aussi négative de la CGT (seuls 45 % ont une bonne image de la confédération, 48 % en ayant une mauvaise).

 

Tout n’est pas faux dans les philippiques anti-CGT : ouvriers du livre et dockers, notamment, exercent dans un secteur protégé qu’ils mettent en péril par leur corporatisme éhonté et leur jusqu’au-boutisme parfaitement inconséquent. De même, la gestion de certains comités d’entreprise par la CGT, notamment la Caisse centrale d’activités sociales des industries électriques et gazières, a été entachée de malversations aussi manifestes que graves.

 

Mais le cœur du problème n’est pas là : l’appréciation de l’action de la CGT était fort positive en septembre 2005, après la large victoire du non au référendum sur la Constitution européenne (à laquelle la CGT avait largement contribué). Le peuple français voyait alors en la CGT un syndicat en phase avec ses aspirations protectionnistes : une CGT sociale adossée à une gauche nationale, comme à l’époque du duo Krasucki – Marchais. En réalité, la CGT, tout comme les partis politiques de gauche, s’est engagée avec des œillères dans la fuite en avant de la globalisation : elle ne conteste pas ce phénomène en tant que tel, mais uniquement son caractère libéral. Elle s’accroche aux vieilles lunes de l’altermondialisme, pâle succédané de la révolution mondiale.

 

Regularisation.jpgLa position de la CGT sur l’immigration est parfaitement révélatrice : s’il y a un point d’accord entre Parisot et Thibault, c’est bien sur cette question. MEDEF et CGT sont hystériquement immigrationnistes, mondialistes, sans-frontiéristes : la Nation, voilà l’ennemi ! Mais le logiciel patronal a un temps d’avance : les idéologues du MEDEF, au premier rang desquels l’ancien maoïste Denis Kessler, savent parfaitement que, dans une société multiculturelle, ce sont les affirmations identitaires qui prennent le pas sur les revendications sociales. Les identités ethno-religieuses plus fortes que les classes sociales : voilà ce que l’histoire démontre depuis des siècles et que la gauche post-nationale n’est plus à même de comprendre.

 

http://cache.20minutes.fr/img/photos/afp/2007-06/2007-06-19/article_SGE.OXD86.190607171903.photo00.photo.default-512x381.jpgLa CGT continue de se battre contre ses ennemis d’hier qui sont pourtant fort dépourvus : une usine qui ferme, c’est une sous-préfecture saccagée ou un cadre intermédiaire pris en otage. Et pourtant, l’État, les cadres intermédiaires ou les petits patrons sont eux aussi des grands perdants de la mondialisation : faute de le comprendre, la CGT les combat frontalement comme dans les années 1970. Ses leaders successifs sont les Hibernatus du syndicalisme : ils font la guerre à des ennemis imaginaires, avec des armes obsolètes.

 

Le désamour des Français envers la CGT est en réalité mû par des considérations bien différentes de celles imaginées par la droite libérale : alors que celle-ci perçoit la CGT comme un frein à la mondialisation, les Français lui reprochent au contraire son incapacité à diagnostiquer correctement les effets de la globalisation et donc à procéder à l’aggiornamento à même de lui redonner une partie de son efficacité d’antan. En somme, une CGT devenue plus inutile que nuisible…

 

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