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Le blog politique de Thomas JOLY

Un mariage

1 Mai 2010, 08:27am

Publié par Thomas Joly

Village-typique.jpgIl est 18 h30, il fait très beau, un vrai miracle. Je remonte en voiture la rue du centre ville, dans l’axe du soleil épanoui, limitée à 30. Détour volontaire pour voir les paisibles habitants de ce bourg de cinq mille âmes à l’architecture préservée, colombages du XVIème, se prélasser en terrasse. Terminer leurs courses dans les petits commerces. Des jeunes filles sortent de chez le coiffeur à gauche. Des grand-mères parlent sur le trottoir en finissant leur promenade, à l’ombre du clocher, sur ma droite. Paix, merveilleuse paix. Virginité. Je me rends à un apéro, dans un jardin, je suis bien. Arrivé au milieu de la rue baignée de lumière et de cette vie calme et intemporelle, j’entends des klaxons retentir violemment. Ils déchirent l’horizon.

 

joie-algerienne.jpgJe vois alors s’avancer vers moi un cortège de quinze voitures, phares allumés. Un mariage ? C’est en général plus tard, en plein été, c’est étonnant. Puis j’aperçois des jeunes gens assis sur les portières. Je commence à comprendre. A distinguer les attitudes. Dans la voiture qui ouvre la voie, portant rubans et ballons roses, il y a deux femmes voilées sur les places arrières. Puis des drapeaux algériens s’imposent, littéralement brandis avec des hurlements de victoire aux visages des passants. Des dizaines de drapeaux, des dizaines de hurlements, des centaines de coups de klaxons. En quelques secondes le viol s’installe, patent, irréversible. Il pénètre lentement la ville, prends son temps. Provocation voulue, revendiquée, toute-puissante, inédite autant qu’inattendue ici. Sa violence se déverse sur les façades, coule sur le pavé, s’y incruste à jamais. Le tableau d’Eden ne peut esquiver cette vindicative giclée verdâtre. Le temps semble se recroqueviller sur lui-même, comme un chien battu. Les passants sont-ils immobiles, sonnés, abrutis, leurs ancêtres avec eux ? Hagardes expressions pétrifiées ? Je n’ai pas le réflexe de les observer car je croise inévitablement toutes ces voitures, une par une, dans un travelling hyperréaliste. Je frôle des regards et des bouches ouvertes et des dents et des bras levés qui tiennent et secouent les couleurs du pays. On France-alg-rienne.jpgse penche sur moi à mon passage, hommes et femmes, on crie de plus belle, j’essaye de rester nonchalant alors les grimaces de triomphe se transforment en rictus menaçants. Je ne conçois plus ma voiture comme un habitacle sûr. J’aimerais que le véhicule devant moi accélère, que ce spectacle se termine plus vite. Au virage, juste devant la pharmacie, la rue se rétrécie, j’ai la priorité, j’avance. Une clio, bardée de cinq arabes d’une vingtaine d’années et deux oriflammes, pile. Les pneus crissent. Ils n’ont manifestement pas compris qu’ils devaient me laisser passer. Le conducteur hurle, son visage explose d’une haine instinctive, immédiate. Cet outrage le fait suffoquer, j’interromps sa jouissance à soumettre, je mérite la mort. Je l’entends malgré ma vitre close.

 

ET QUOI ?! QU’ESSTU FAIS ?!? OH FILS DE PUTE !! FILS DE PUTE !! ENCULE DE TA RACE !! HE FILS DE PUTE !! QUOI QUESSTU M’REGARDES FILS DEEE PUT’ !?! J’VAIS T’DEFONCER FILS DE PUTE !!

 

Je lui rétorque mon majeur, en ralentissant, pour qu’il comprenne. Ils deviennent fous là-dedans. On dirait des singes dans une cage électrifiée. Il était alors question de niquer ma mère, mon père, ma sœur, et toute ma “race”, encore.

 

Je vois arriver le rond-point avec soulagement.

 

ciel-sombre.jpgA l’apéro, à seulement quelques centaines de mètres plus loin, je n’en dis rien, je sais que ça ne sera pas compris. Je sais aussi que si les types en clio croisent par hasard ma voiture garée dans la rue, ils débouleront dans le jardin. J’espère que ça n’arrivera pas. Il y a des enfants. Des blonds. Deux ans, six ans. Pour eux, j’ai peur. Pour eux, je ne pourrai rien. Leur parents ne pourront rien. Ils seront seuls. Demain. En face ils ont des drapeaux. En face ils seront toujours quinze contre un. Avec de l’alcool dans le sang, je regarde les fines feuilles naissantes de l’arbre secouées par le vent, sous les derniers rayons de cette première vraie journée de printemps. On me demande à quoi je pense. “A l’avenir” je réponds en me forçant à arborer un sourire rassurant. C’est pris comme tel. Tant mieux. C’est M. qui me pose cette question, son regard est doux, elle me caresse le bras, elle est enceinte de son nouveau copain. Je ne veux pas gâcher leur soirée. J’aime mieux qu’ils s’endorment, cette nuit, sans soucis.

 

Je me demande tout de même ce qu’ont ressenti les gens aux terrasses des cafés.

 

ancetres-porc.gifA la télévision, sur France Trois, il y a un téléfilm sur le moyen-âge en France : des chrétiens avinés, hirsutes et barbares tuent des chrétiens obscurantistes et pacifistes. Sur Arte un documentaire à gros budget sur l’Andalousie musulmane, des voix de femmes se succèdent, calmes, posées, sûr d’elles, accompagnées d’une lente musique nostalgique :

formidable melting-pot…temps où les religions vivaient côte à côte, sous l’aune du calife..Oasis de paix et d’échanges…trésors culturels de Tolède, récupérés pendant la Reconquista…traductions de l’arabe…ont permis une nouvelle vision, rationnelle, du monde…héritage des savants musulmans, véritables germes de la Renaissance à venir…le palais de l’Alhambra nous rappelle à quel point il nous faut garder un esprit ouvert…l’opposé des châteaux chrétiens sombres et froids…etc, etc

 

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