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Le blog politique de Thomas JOLY

La République bananière perd l’un des siens (par Patrick Parment)

9 Janvier 2010, 22:32pm

Publié par Thomas Joly

seguin.jpgLa mort de M Séguin est d'abord fort triste pour lui et sa famille ensuite. Je ne suis pas sûr que cette tristesse soit partagée par tout le monde. Mais, et c'est la tradition, on prête en général au défunt des qualités qu'il était loin d'avoir. Dans ce concert des louanges qui s'en est suivi, s'il en est un qui, à défaut de le détester cordialement, le craignait plus que tout autre, c'est bien Jacques Chirac. Son numéro de faux-cul sur l'air de "mon grand ami" était grandiose. Paix à l'âme de Séguin donc.

 

Il n'en reste pas moins que Séguin a fait partie de ce petit personnel politique dont le bilan est au final fort médiocre. Homme intelligent, certes, il n'en était pas moins un énarque caricatural qui se croyait nettement au-dessus des autres tant il s'imaginait avoir un destin (le parallèle avec Juppé est frappant).

 

Résultat des courses, sa carrière fut loin d'être à la hauteur de l'idée qu'il se faisait de lui-même. Vrai caractériel poussant des colères d'enfant gâté, Philippe Séguin n'aura finalement décroché qu'un maigre poste de ministre des Affaires sociales, la présidence de l'Assemblée nationale pour finir dans la peau d'un président de la Cour des comptes. Poste auquel peu aspirer tout énarque sachant godiller dans le marigot républicain. Il fera allégeance à Chirac - son meilleur ennemi - dans les années 90, allant jusqu'à lui filer un coup de main en 1995 espérant ainsi décrocher un poste de Premier ministre. Que nenni, Chirac en avait trop la trouille. Ce dernier ne lui laissera que des miettes, et des pièges à la con surtout comme sa candidature à la mairie de Paris.

 

Philippe Séguin était ingérable car imprévisible et tous les leaders de la droite ripoublicaine s'en méfiaient comme de la peste. Ce qui n'empêchait pas pour autant Séguin de souscrire au politiquement correct pur et dur et de hurler avec la meute quand un patriote se rapprochait de trop près du Front national. Comme on décelait parfois dans ses discours un soupçon d'accent barrésien sur fond de gaullisme éventé, il passait aux yeux de ses petits camarades pour un intellectuel. Mais, c'était pour mieux retomber ensuite dans la torpeur rassurante du système.

 

Seguin-SarkoAu fond, Séguin appartenait à cette famille d'individus qu'on appelle les faux durs, forte avec les faibles et faible avec les forts. Son apparente grande gueule, dans cet univers de pleutres et de ploucs que constitue l'essentiel de la classe politique française, n'était jamais que le reflet d'un désordre des sens. Ce qu'en terme populaire on transcrit par caractériel. Est-ce la raison pour laquelle Séguin s'est toujours entouré de souffre-douleur que ses colères devaient faire bander. Mystère !

 

Au final, son apport réel à l'enrichissement de la nation est nul, quand, en revanche, la nation (enfin le contribuable) lui a beaucoup donné à la seule vue d'un diplôme surfait. Son gaullisme social était en carton-pâte vu qu'il n'a débouché sur rien. A l'image d'un Juppé ou d'un Chirac, tous ces fonctionnaires nous précipitent dans les entrailles d'une République bananière où la démocratie a soudain la gueule émasculée du ploutocrate.

 

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