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Le blog politique de Thomas JOLY

L’île de Sein fait peur au juge (par Marie Delarue)

9 Septembre 2013, 07:58am

Publié par Thomas Joly

http://justpaste.it/files/justpaste/img004.jpgUn juge aux affaires familiales de Montpellier qui ne connaît sans doute de la mer que les plages bondées de Palavas-les-Flots et de La Grande-Motte, leurs foules huileuses et leurs chouchous, vient de rendre une décision qui, dans la forme, est parfaitement discriminatoire.

 

À une mère sénane qui présentait une requête pour que ses trois enfants s’installent avec elle et son nouveau compagnon sur l’île de Sein, le juge a répondu que ce lieu « inhospitalier » ne pouvait les accueillir. « L’île peut être assurément regardée comme étant un lieu de vie relativement hostile pour les enfants », a-t-il écrit dans son jugement, ajoutant que les trajets vers le continent pour rendre visite à leur père « seraient extrêmement difficiles en raison de l’insularité et des marées ». Peut-être sujet au mal de mer quand il part à la pêche au gros avec le sous-préfet, le juge a en effet repris à la lettre les arguments de l’avocat du père des enfants qualifiant Sein de commune « isolée, sans eau courante, sans électricité, sans voiture, île dangereuse dont les habitants se déplacent à pied avec des petites charrettes… ».

 

http://www.cg29.fr/var/cg29/storage/images/mediatheque/images/deplacements/actualites/inauguration-fromveur/interview-maire-de-l-ile-de-sein/405375-1-fre-FR/Interview-Maire-de-l-ile-de-Sein_lightbox.jpgFurieux, et soutenu par ses administrés indignés, le maire Jean-Pierre Kerloc’h vient de se fendre d’une lettre au président du tribunal de grande instance de Montpellier : « Nous avons une école primaire, un collège, des commerces et un cabinet médical. En cas d’urgence, nous sommes à vingt minutes de l’hôpital de Brest par hélicoptère. » Il lui signale que son île est desservie par trois liaisons maritimes l’été, une en hiver, et assure que « Sein est un paradis pour les 13 enfants scolarisés, qui peuvent se rendre à pied à l’école ou au collège ». Enfin, dit monsieur le maire, il n’y a pas sur l’île de problèmes d’insécurité.

 

RacaillesLa mère eût-elle voulu emmener ses enfants à Saint-Denis, Marseille ou Montfermeil que cela n’aurait sans doute posé aucun problème, mais Sein, quelle idée ! D’ailleurs, c’est bien connu : « Qui voit Sein voit sa fin. » À l’isolement de l’insularité et aux marées, le juge préfère sans doute la promiscuité des transports en commun et les marées humaines, et au collège pour enfants uniques le collège unique pour tous les enfants où l’on rassemble jusqu’à vingt nationalités dans des classes surpeuplées.

 

http://www.wildkick.com/wp-content/uploads/2011/12/tempete-ile-de-sein.jpgCe bout du monde, cette pointe de l’Europe, ce Finistère se mérite, c’est sûr. Mais monsieur le juge devrait lire ou relire Queffélec :

« Derrière l’horizon, dans cette mer qui ne semblait plus être que le flot et le flot, l’île vivait, l’île était heureuse. Ce n’était même pas la vie obtuse des marins dans des soutes, mais la vie hardie et salée du pont et du plein air. Chaque fenêtre ouvrait sur le ciel, la porte de chaque maison ouvrait sur la terre ; les vents, les pluies, le soleil, les oiseaux, existaient pour l’île. » (Henri Queffélec, Un recteur de l’île de Sein)

 

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