Bruno Gollnisch et la laïcité
Extrait d'une interview publiée dans le journal Présent :
Comment voyez-vous la laïcité : est-ce véritablement un rempart contre les excès totalitaires de certaines religions, ou est-ce un colosse aux pieds d’argile auquel il ne faudrait pas faire trop confiance ?
Pour moi, la laïcité légitime n’est pas le laïcisme, avec lequel elle est souvent volontairement confondue. C’est une tolérance, au sein d’une société qui n’a pas ou qui n’a plus d’unité spirituelle, de la puissance publique à l’égard de l’ensemble des croyances : une espèce d’engagement de la puissance publique de traiter tous les croyants d’une manière équitable, et de respecter leur liberté de conscience et de culte. Cette laïcité légitime n’a d’autre but que d’éviter un mal plus grand qui résulterait de l’affirmation par l’Etat, dans une société divisée, du caractère officiel d’une croyance, qui mettrait l’Etat en porte-à-faux par rapport à une grande partie de ses ressortissants ou de la société civile. Cette laïcité-là, en soi, est sans doute nécessaire à la paix civile, mais elle n’est pas en elle-même une valeur ; elle ne fournit aucune raison de vivre ; elle n’est une boussole ni pour l’action individuelle ni pour un devenir collectif. Dans une société spirituellement divisée, elle est légitime dans la mesure où elle a pour but d’éviter un mal plus grand qui serait la survenue ou le retour d’affrontements entre communautés religieuses. En revanche, le laïcisme, lui, procède d’une volonté de couper, de séparer définitivement toute vie sociale et même toute vie individuelle, dans ses manifestations extérieures, de la spiritualité. Ce laïcisme a été très largement pratiqué, aux fins notamment de déchristianiser la société française – et il y est, il faut bien le dire, très largement parvenu. Personnellement, je le combats. Si nous n’avons que ce laïcisme à opposer, par exemple à l’islamisation qui progresse, la partie est perdue d’avance.
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