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Le blog politique de Thomas JOLY

À quand une sortie scolaire en hommage à Mohamed Merah ? (par Véronique Bouzou)

17 Avril 2012, 14:36pm

Publié par Thomas Joly

veronique bouzouTelle est la question que l’on est en droit de se poser suite à la succession de cas d’enseignants qui se sont tristement illustrés auprès de leurs élèves dans le sillage de l’affaire Mohamed Merah et dont les médias se sont fait l’écho...

 

À commencer par cette professeure d’anglais, qui, devant ses élèves de terminale à Rouen, a évoqué la possibilité d’accorder une minute de silence en hommage au tueur. Quelques jours plus tard, dans un lycée lyonnais, une autre enseignante a déclaré aux élèves à qui elle faisait cours le lendemain même de la tragédie : "Nous allons faire la minute de silence, mais nous allons la faire aussi pour le tueur. (...) S’il a fait ça, c’est qu’il avait une bonne raison de le faire, il ne doit pas être bien dans sa peau. Le pauvre..."


Enfin, dernier cas répertorié dans la presse, celui d’une professeure de français en Ariège proposant un sujet d’argumentation à ses élèves de troisième sur le bien-fondé de la mort de Mohamed Merah dont voici la teneur exacte : "Est-ce une bonne chose que Mohamed Merah soit mort ? Pour les victimes, leurs familles, le Raid, la justice, sa famille, lui-même, les gens ?".

 

MerahEn ma qualité d’enseignante, je ne peux que jeter l’opprobre sur mes congénères qui semblent porter un regard plus que bienveillant sur un meurtrier qui, faut-il le leur rappeler, a froidement assassiné en mars dernier sept personnes, parmi lesquels des enfants et un professeur tués à bout portant dans l’enceinte d’une école ! L’attitude de ces professeurs réduit à néant toutes les tentatives que je mène avec d’autres pour réhabiliter un corps de métier trop souvent déconsidéré auprès de l’opinion publique.

 

Régulièrement, je me bats pour défendre mes collègues enseignants contre des élèves “difficiles” à qui tout est dû, contre leurs parents qui, à défaut d’éduquer leur progéniture, se comportent parfois comme des clients et n’hésitent plus à saisir les tribunaux pour traîner les enseignants devant la justice, contre notre hiérarchie qui souvent répond aux abonnés absents dès lors qu’il s’agit de nous soutenir dans l’adversité, enfin, contre des syndicats enseignants, qui, plutôt que de défendre nos intérêts, préfèrent confectionner des banderoles pour la prochaine manifestation sur la régularisation des sans-papiers.

 

merah-soutien-fatma.jpgUne fois n’est pas coutume, je ressens aujourd’hui le besoin impérieux de condamner fermement ces professeurs dont l’attitude laisse à penser que la mort du tueur les émeut au moins autant – sinon plus ? – que celle de ses victimes. Fort heureusement, ces trois professeurs ne représentent qu’une goutte d’eau dans l’océan des quelque 800.000 enseignants que compte l’éducation nationale. Néanmoins, on ne peut plus parler d’un cas isolé et je crains que ce genre d’initiatives ne se multiplie encore dans les semaines à venir.

 

Ces professeurs incriminés – si les enquêtes en cours viennent à confirmer leurs dires – sont d’autant plus inexcusables que leurs élèves et leurs parents ont su faire preuve de courage et de perspicacité en dénonçant de tels agissements. Bravo également aux rectorats concernés qui ont pris la pleine mesure de la gravité des événements en suspendant à titre conservatoire les principaux intéressés, même si je trouve bien indulgentes les sanctions encourues limitées à un simple avertissement ou blâme.

 

pensee-unique.jpgOn ne peut hélas en dire autant de la part du corps enseignant : dans le cas du lycée rouennais, certains d’entre eux sont allés jusqu’à apporter leur soutien moral à leur collègue en publiant un communiqué dont voici un extrait : "Si des maladresses ont été commises, elles sont regrettables, mais nous pensons qu’elles ne sont motivées par aucune volonté de prosélytisme, ni présupposé ou arrière-pensée politique". Aucune arrière-pensée politique ? Permettez-moi d’en douter…

 

Derrière ce type de déclarations transparaît une idéologie pernicieuse qui consiste à favoriser coûte que coûte la culture de l’excuse. Ces porte-étendards de la bien-pensance ambiante tendent à dédouaner systématiquement les auteurs de crimes et de délits en rejetant les torts sur la société tout entière et en criant à la "stigmatisation" et aux "amalgames" dès qu’un sujet les dérange.

 

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