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Le blog politique de Thomas JOLY

Sur le front de l’hystérie, le Russe a remplacé le non-vacciné

14 Mars 2022, 05:54am

Publié par Thomas Joly

Depuis qu’avait été inventé le vaccin miracle contre le Covid, le non-vacciné en France faisait figure de salaud intégral, de saloperie fondamentale, de metteur en danger de la vie d’autrui, de non-citoyen parce qu’irresponsable. Et - dernier degré dans l’ignoble et l’ignominie - voilà que certains appelaient même à ne plus lui rembourser ses soins. En rupture avec le serment d’Hippocrate, ils appelaient à ne plus le soigner s’il tombait malade parce que c’était bien fait pour lui et que ça lui apprendrait pour la prochaine fois…

Puis vint Poutine et l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Et dès lors, tout fut changé. Le non-vacciné vit soudain son calvaire et sa mise au pilori, sa mise à l’index et son opprobre majeur prendre fin. De non-citoyen et de paria qu’il était, il devint un parfait anonyme qui n’intéressait plus personne. Il pouvait enfin respirer et vivre tranquillement.

Le Russe avait désormais remplacé le non-vacciné. Un peu partout, on le voyait prendre sa place et se trouver à son tour banni de toute activité ou chassé des endroits où il se trouvait. Tel chef d’orchestre se retrouva privé de concert, de musiciens et de baguette. Tel autre artiste privé de salle de théâtre ou d’exposition. J’appris qu’une amie conférencière avait vu l’une de ses interventions annulée. Au motif qu’elle devait parler des contes et légendes dans l’opéra russe : impossible de programmer une horreur pareille ! De même que telle conférence sur Dostoïevski ou Tolstoï à l’université. Pire : de nombreux étudiants ressortissants russes vivant en France étaient agressés, insultés par les gentils. Les restaurants, la cuisine russe, les magasins ayant un rapport quelconque avec la Russie étaient boycottés. Dans les fêtes foraines, on interdisait la présence des montagnes russes, et les poupées russes, qu’elles soient en bois, en porcelaine ou gonflables, étaient bannies.

On en vint même à refuser, dans un concours félin, la présence de chats parce qu’ils étaient russes, sans que la SPA ne s’émût de cette mise à l’écart. Bien sûr, le fait d’être un chat n’excusait pas que l’on fût russe. Car être ou ne pas être russe était devenu la seule question qui mérite d’être posée, hormis la question de savoir s’il faut mourir ou vivre, quand on a les pieds plats.

C’est cela, le monde d’aujourd’hui et de ses médias, le nouveau monde, le monde d’après : un monde de gentils et de méchants, un monde contre la haine où les gentils se retrouvent ensemble pour haïr les méchants. Un monde où le pouvoir se fonde sur la désignation d’un coupable, le plus bas fond de l’âme humaine. Un monde de progrès et de liberté où les hommes deviennent des moutons qui bêlent à tout propos, en fonction du tapage médiatique du moment.

Et cela m’a donné une idée. Face à ce phénomène, pourquoi le gouvernement n’établirait-il pas carrément une programmation annuelle des méchants ? Ainsi, les Français pourraient se préparer à l’avance et l’on y gagnerait en réactivité et en efficacité : on pourrait prévoir le méchant du printemps-été, le méchant de l’automne-hiver ou bien, en suivant les relevés de frais bancaires, un méchant tous les trimestres, jusqu’en novembre, où il serait dégusté avec le beaujolais nouveau.

Ainsi, l’hystérie serait planifiée, selon une série de concepts périodiques, et les différents méchants se succéderaient pour faire l’objet des débats télévisés et des grands procès médiatiques du moment. Les Quatre Saisons de Vivaldi et du méchant.

Jean-Pierre Pélaez

Source : http://bvoltaire.fr

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