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Le blog politique de Thomas JOLY

À la faveur de la guerre en Ukraine : vers le consolidement de l’axe Chine-Inde-Russie ?

4 Mars 2022, 06:44am

Publié par Thomas Joly

La guerre éclair déclenchée par Vladimir Poutine en Ukraine sera peut-être moins fulgurante que prévu ; il en va souvent ainsi des prévisions des militaires. Et si ce pays est une construction plus ou moins artificielle, le nationalisme ukrainien, lui, n’est pas une vue de l’esprit. Le président russe est certes « coupable », puisque agresseur avéré, mais voilà qui ne doit pas faire non plus oublier les responsabilités occidentales : encerclement de la Russie, poussée de l’OTAN jusqu’à ses frontières et perpétuelle démonisation médiatique du maître du Kremlin. Bref, cette guerre aurait pu être évitée. Mais peut-être n’était-ce pas là l’objectif de la Maison-Blanche.

Laquelle, obnubilée par son tropisme antirusse, ne voit pas forcément l’axe qui est en train de se monter contre elle. Comme quoi il est possible d’être machiavélique et angélique à la fois.

Ainsi, lors du vote du Conseil de sécurité de l’ONU, le 25 février dernier, sur quinze États membres, trois se sont abstenus : la Chine, l’inde et les Émirats arabes unis, la Russie exerçant, elle, son droit de veto. Pour commencer, évacuons le cas des Émirats, leur abstention reflétant par ailleurs la politique de leurs voisins, Bahreïn, Arabie saoudite et Oman, qui ne communiquent pas sur la crise ukrainienne, même si le Koweït et le Qatar « condamnent les violences » sur la forme, tout en se gardant bien de critiquer Moscou sur le fond de l’affaire. Nulle stratégie géopolitique pour ces pays, mais juste des considérations d’ordre économique : la Russie est membre éminent de l’OPEP, et sans elle, comment fixer une politique commune sur les cours de l’or noir ? Quant à l’Iran, dont les liens avec cette même Russie sont anciens, l’attentisme bienveillant semble être de mise. Mais la Chine et l’Inde, c’est une tout autre affaire.

Déjà, la politique erratique des USA aura réussi ce miracle : réconcilier les frères ennemis russes et chinois, alors que jadis, le président Richard Nixon et son conseiller Henry Kissinger étaient parvenus à ce coup de maître consistant à « enrôler » Pékin dans son combat antisoviétique. L’Inde ? Un pays, allié historique de la Russie, qui craint le puissant voisin chinois, mais redoute plus encore un Pakistan islamiste soutenu par Washington. Là encore, les Américains sont en train de pousser les Indiens dans les bras des Chinois.

Et c’est ainsi qu’est en train de se conforter le Groupe de Shanghaï, créé en 1996, visant à fédérer Chine, Russie, Inde, plusieurs républiques caucasiennes et même… un Pakistan assez retors pour ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Pourquoi ? Pour contrer les visées de la Maison-Blanche en Europe, mais aussi dans l’océan Pacifique ; même si, en cette partie du monde, l’Inde s’inquiète également de l’hégémonie chinoise. Résultat ? L’axe alliant Moscou, Pékin et New Delhi est malgré tout en train de prendre forme.

Autre sujet d’inquiétude pour les USA, le « ralliement », à cette alliance tripartite, d’une Amérique latine traditionnellement hostile à celle du Nord et qui n’a pas précisément volé au secours de la résolution de l’ONU, tels le Brésil, l’Argentine et la Bolivie, qui ont refusé de la signer.

Si l’axe en question demeure relativement informel, il n’en est pas moins réel, même si s’agissant de nations défendant leurs intérêts propres, parfois contradictoires - interpénétration des économies mondiales oblige. Ce à quoi la Maison-Blanche n’est guère habituée, ayant coutume de longue date de seulement traiter avec ces États vassaux – ceux d’Europe, principalement – qu’elle aime à nommer « alliés ». La France, par exemple…

Aujourd’hui, elle est plus « ukrainienne » que jamais – Sandrine Rousseau défile même avec le drapeau de Kiev – mais n’a peut-être jamais été aussi peu française, la preuve par son propre Président, plus inquiet de complaire à l’air du temps et à cette OTAN qu’il donnait pourtant naguère pour être en « état de mort cérébrale ».

À cette aune jugée, les cerveaux élyséens ne semblent guère plus frais.

Nicolas Gauthier

Source : http://bvoltaire.fr

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