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Le blog politique de Thomas JOLY

La culture officielle, une idéologie en barres de caramel mou

10 Avril 2021, 08:48am

Publié par Thomas Joly

Le terme de culture, qui a substitué à l’art authentique une sorte d’art militant conformiste, désigne aujourd’hui toutes les activités qui, de près ou de loin, voudraient lui ressembler sans parvenir à être autre chose qu’une tarte à la crème ou un pudding des pâtissiers. Une culture devenue porteuse d’une idéologie bébête et qui étouffe ce qui fait la force de l’art : l’insolence, l’intelligence, la liberté. Le beau est toujours bizarre, disait Baudelaire : dans cette culture-là, plus de bizarrerie, plus de surprise, que des poncifs issus des directives stalino-officielles !

Ce conformisme idéologique, dit culture, avait trouvé son couronnement au Festival Py d’Avignon ou dans les pensums des centres dramatiques nationaux, mais avec la crise sanitaire et la fermeture des lieux dits culturels, voilà que la télévision vole à son secours et vient compléter les ouvrages d’Hanouna ou Ruquier : Noire, une pièce made in Rond-Point sur le racisme aux États-Unis ou, venu de l’Opéra de Paris, et non plus pour les heureux abonnés mais pour le vulgum pecus, le Faust de Gounod, chef-d’œuvre du répertoire, et comme d’habitude, un metteur en scène, pédagogue-allemand, l’a adapté aux canons de l’idéologie, et revisité de son réalisme américano-coloré diversitaire.

Dans ce Faust, dont la mise en scène prétend mettre en lumière la recherche de la jeunesse dans notre société, on entre tout de suite dans le vif du sujet avec un héros dédoublé, le vieux et le jeune ; puis, après un départ en guerre de Valentin depuis un terrain de basket grillagé où des Noirs s’exercent à lancer un ballon dans le panier, on se retrouve dans une boîte de nuit, où la Marguerite vient effeuiller son temps qui passe. Avant de retrouver Siébel, un bouquet à la main, puis Faust et le diable devant la « demeure chaste et pure » – en fait un logement social -, rangée de boîtes aux lettres et trois marches d’escalier. Le tout sur la belle musique romantique et le livret un peu nunuche et désuet d’origine : on se demande vraiment où l’on est et ce qu’on fait là. Mais le clou est planté avec l’échographie de Marguerite, enceinte du Diable ! Et l’on voit la malheureuse chanter son désespoir sur la table d’examen, pendant qu’un médecin passe la petite caméra sur son ventre rebondi, sans doute le ballon du basket initial qu’elle sort de sous son tee-shirt, et contenant l’Antéchrist qu’on voit bouger sur un écran au-dessus. Après, après, je ne sais pas, j’ai éteint la télévision, pour cause de fou rire : je n’arrivais plus à suivre…

Heureusement, deux jours plus tard, une nouvelle adaptation pour la télévision des Misérables de Victor Hugo. Je jubile, mais très vite déchante : arrive sur l’écran un Javert noir, costume et haut-de-forme dix-neuvième : on se demande si l’on n’est pas aux Antilles et s’il ne s’agit pas d’un roman sur l’esclavagisme, car un peu partout, des figurants de la même couleur passent et repassent ; bien sûr, la diversité doit désormais être respectée dans les films. En tout cas, la stupidité l’est déjà !

Exit le Javert noir, nous arrivons à Montfermeil, où Fantine laisse sa petite Cosette chez les Thénardier. Mais lorsque madame, qui est blanche, appelle monsieur pour fixer le prix de la pension, ça recommence : lui aussi est noir, type nord-africain, et l’une de ses filles a des cheveux bien crépus. Un vrai couple Blanche-Noir des publicités pour la Française des jeux ou la Sécurité routière.

On croirait l’une des ces mauvaises blagues au dos des papiers de Carambar™, mais cette idéologie qui a remplacé l’art n’est-elle pas, justement, une barre de caramel mou ?

Jean-Pierre Pélaez

Source : http://bvoltaire.fr

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