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Le blog politique de Thomas JOLY

Robert Brasillach et les morts du 6 février : ils ont tiré !

6 Février 2021, 16:33pm

Publié par Thomas Joly

Le 6 février 1934, la république a fait tirer sur les Français. Le 6 février 1945, le général de Gaulle a fait assassiner, en lui refusant sa grâce, Robert Brasillach, pour délit d’écriture.

Le 6 février, qui était un mardi, une manifestation d’Anciens combattants devait avoir lieu au Cours-la-Reine. La Chambre s’était réunie, elle discutait avec inquiétude, mais avec gravité. On savait qu’on allait voter la confiance au nouveau ministère. Mais c’était ailleurs que les dieux préparaient leur journée. […]

Il avait averti sa mère qu’il ne rentrerait pas dîner. Cécile était résolument inquiète, mais elle n’en laissa rien voir. Gilbert se mit à marcher dans Paris, essaya d’approcher du Palais-Bourbon encerclé par la police. Il faisait frais, sans faire froid. Il n’avait pas de chapeau suivant son habitude, seulement un imperméable bien foncé serré à la taille, et il ressemblait à n’importe quel jeune homme d’alors, humant le vent des futures révolutions. Il ne savait plus si le soir tombait, s’il était jour ou nuit, quelles heures marquaient les horloges des carrefours. Il aperçut de longues files d’hommes en pardessus moucheté de vert ou de rouge à la boutonnière, d’hommes un peu fanés, un peu gros, tous mêlés, tous pareils, malgré la différence de leurs origines sociales, tous pareils comme ils l’avaient été vingt ans auparavant. Et il les regardait avec curiosité, avec un peu de pitié aussi  :  – Voilà ceux qui ont perdu la paix, pensait-il. voilà ceux que l’on a trompés, ceux à qui l’ont a menti. Ceux qui se sont laissé faire et à qui on ne peut en vouloir. Voilà ceux aussi auxquels il ne faut pas ressembler. Voilà ceux qui se réveillent aujourd’hui. Est-ce à temps ?

Il regardait cette foule sérieuse, ces pancartes : “Nous voulons que la France vive dans l’honneur et la propreté.” Non il n’y avait rien dans cette foule, paisible au fond, droite, pure, qui ressemblât aux foules que craignait Victor Caillé. Mais y avait-il le dynamisme, la violence, la joie créatrice qui, pas mal d’années plus tôt il est vrai, avaient saisi les anciens combattants d’Italie et d’Allemagne. Foule de héros, foule de gens braves sans forfanterie, foule de devoir, serait elle une foule créatrice? Gilbert ne voulait pas y songer. Pour la première fois de sa vie peut-être, lorsqu’il passa devant les drapeaux, comme il n’avait pas de coiffure et qu’il voulait saluer, il leva la main à la hauteur de son épaule. […]

Vers sept heures, il se trouvait rue Royale, toujours seul, toujours errant sans but précis. Il ne s’était rien passé. Il avait entendu crier, plusieurs fois, “A bas les voleurs! A bas les pourris!”, puis le silence grouillant, le silence plein de piétinements et de murmures, était revenu autour de lui. Les feuilles du soir parlaient de la nervosité de Paris et prodiguaient pourtant les paroles lénifiantes, assuraient que le gouvernement voulait la justice, toute la justice, que la lumière serait faite, mais que toute tentative de désordre serait fermement arrêtée. Les feuilles politiques du matin avaient été plus violentes, convoquaient

 Les adhérents des Partis au Cours-la-Reine. L’Humanité elle-même ralliait ses troupes auprès des Anciens combattants, voire des Volontaires nationaux. Il semblait qu’au-dessus des divisions un vaste rassemblement national et social commençait de s’opérer, et les âmes simples en concevaient de grandes espérances. […]

A ce moment, un bruit singulier déchira l’air. Oui, déchira, comme une déchirure. Puis quelques bruissements, quelques bruits d’abeilles, encore peu nourris. Quelques cris aussi, et soudain, de cette foule en apparence paisible, des promeneurs se détachèrent, se réunirent ensuite, coururent en désordre. Il dressa l’oreille, s’avança au bord du trottoir, regarda de tous ses yeux. Il ne vit rein sur la place de la Concorde sinon les groupes compacts de tout à l’heure d’où émergeaient quelques drapeaux, mais ils semblaient en proie à un reflux marin. Un jeune homme sans manteau courut devant lui, ses cheveux couchés sous le vent. Puis il s’arrêta comme s’il le connaissait, il revint, lui prit la main d’un geste violent ,et, avant de repartir, lui cria dans le visage : – Ils ont tiré ! Ils ont tiré !”

Les Captifs, roman inachevé, Robert Brasillach

Source : http://noussommespartout.com

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