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Le blog politique de Thomas JOLY

Présidentielle 2022 : à quoi peut encore servir Jean-Luc Mélenchon ?

25 Août 2020, 05:41am

Publié par Thomas Joly

Pour La France insoumise, la rentrée s’annonce morose, surtout après ses contre-performances aux élections européennes et municipales. Certes, la magie du verbe demeure l’un des principaux atouts de Jean-Luc Mélenchon, la preuve par un discours de près de deux heures, tenu à Châteauneuf-sur-Isère, dans la Drôme, à l’occasion des journées estivales de son mouvement.

Au programme ? L’hommage rendu aux médecins cubains venus prêter main-forte en Europe lors de l’épidémie du coronavirus ; puis, dans un semblable registre néo-castriste, la célébration du triptyque « réquisition, nationalisation et planification »… Quant à la question qui est sur toutes les lèvres – ira, ira pas à la présidentielle de 2022 ? –, il se contente de botter en touche, réservant sa réponse pour octobre prochain : « C’est d’un ridicule de savoir comment désigner un candidat pendant que des gens meurent de peur de perdre leur boulot, de payer leur loyer. » Parce que, dans deux mois, ça ira mieux ? Il ne le dit pas.

En revanche, il dit de manière autrement plus claire : « Entre EELV et nous, le problème n’est pas l’écologie. Nous, nous croyons à l’État, à la nation qui a un rôle à jouer. Nous ne croyons pas au capitalisme vert. Pas à cause du vert, mais à cause du capitalisme. » Mais il y a vert et vert, sachant que si cette pique vise évidemment Yannick Jadot, tête de liste aux dernières européennes, très contesté au sein de son propre parti pour cause de dérive libérale, Éric Piolle, maire de Grenoble et invité au happening mélenchoniste, campe sur une ligne inverse, appuyé en la circonstance par le secrétaire général de EELV Julien Bayou, son allié du moment.

Bref, les Verts peinent à s’entendre ; ce qui ne présente en rien la saveur de l’inédit. Et Jean-Luc Mélenchon entend bien appuyer où cela fait mal, espérant ainsi capitaliser sur sa seule personne, rejetant à l’avance toute alliance d’appareils avec les écologistes, à moins, bien sûr, que cela ne se fasse sous sa houlette et à ses seules conditions. Mais a-t-il encore les moyens d’une telle stratégie ?

En effet, si EELV butte sur la question économique, entre « capitalistes » et « décroissants », LFI se déchire entre les derniers « populistes » et des « indigénistes » de plus en plus envahissants. Pis : quand Jean-Luc Mélenchon en appelle à « l’État et à la nation », il semble oublier que ce sont précisément les tenants de « l’État et de la nation » qu’il a marginalisés ou exclus des Insoumis, tel Andréa Kotarac, rallié au Rassemblement national, ou Djordje Kuzmanovic, parti fonder le mouvement République souveraine. Il est vrai que ces deux personnalités posaient le délicat problème de l’immigration, question désormais taboue au sein de ce parti.

Résultat : l’ancien sénateur trotskiste se retrouve désormais otage des Danièle Obono et des amis de Rokhaya Diallo pour lesquels « l’État et à la nation », symboles de patriarcat, sont les principaux ennemis à abattre. Quant à ce qui lui demeurait d’électorat ouvrier et populaire, il y a belle lurette que ce dernier a basculé dans le vote lepéniste ou l’abstention.

Lors de son université d’été, EELV prônait la rupture avec un « présidentialisme » symbole de cette « verticalité patriarcale » si honnie rivalisant ainsi de féminisme avec son homologue insoumis. Dès lors, une question se pose : si ces deux formations optent majoritairement pour la prédominance du sociétal sur le social, à quoi peut bien encore servir Jean-Luc Mélenchon ?

Nicolas Gauthier

Source : http://bvoltaire.fr

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