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Le blog politique de Thomas JOLY

Jean-Marie Le Pen : « La crise sanitaire engendrera une crise économique, sociale, migratoire et peut-être la Troisième Guerre mondiale »

15 Avril 2020, 09:18am

Publié par Thomas Joly

Confiné mais en bonne santé, Jean-Marie Le Pen observe avec inquiétude la situation dans laquelle se trouve notre pays. Selon le fondateur du Front national, la crise économique mondiale engendrera des crises sociales mondiales, qui elles-mêmes jetteront sur les routes des « torrents de populations » en quête d’un Eldorado occidental fantasmé. Du « backtracking » à l’incantation de l’unité nationale, du « fantôme » de l’Union européenne au message d’Espérance qu’incarne Jeanne d’Arc dans cette période tourmentée, tour d’horizon de l’actualité avec un monument de la politique française. Entretien.

Certains médias ont affirmé il y a quelques jours que vous aviez contracté le coronavirus et que vous aviez été admis en réanimation. Comment allez-vous ? 
Jean-Marie Le Pen :
Je crois que c’était une « fake news », comme disent les franglaisouillards qui utilisent à tout bout de champ des mots anglais dans la conversation ! En ce qui me concerne, quand je me regarde je me compassionne, et quand je me compare, je suis fier de moi ! Je vais très bien, je suis en état de travailler et dans le fond, ce confinement ne me gêne pas vraiment, il a l’avantage de me débarrasser d’un certain nombre de visites inopinées, outre qu’il a resserré nos liens de couple avec Jany. Pour le reste, j’ai tellement de choses à lire et écrire que je n’en vois pas le bout. 

Depuis le début de la crise du coronavirus, d’aucuns voient dans cette pandémie la défaite intellectuelle historique des mondialistes. Quelle analyse profonde faites-vous de la période que nous traversons ?
Je pensais que le mondialisme était une utopie dangereuse et qu’elle se révélerait comme un élément d’aggravation des situations plutôt que de solution, et je crois aussi que l’évolution des choses va conduire à un renforcement non seulement des sentiments nationaux mais aussi des réactions nationales et donc des organisations nationales. Faut-il incriminer la mondialisation ? Il me semble que l’utilisation très banale des transports dans l’économie mondiale a certainement contribué à répandre l’épidémie, mais que toutes les grandes épidémies de l’histoire ont circulé dans le monde entier, bien avant la mondialisation. 

Pour ce qui est des conséquences de cette période de trouble, je crois qu’il est en train de s’établir une conjonction redoutable entre des phénomènes telluriques. Le raisonnement conduit à penser que la crise sanitaire engendrera une crise économique, qui elle-même engendrera une crise sociale, et donc certainement de terribles guerres sociales. L’évolution démographique du monde, passé en 50 ans de 2 milliards à près de 8 milliards d’habitants, est une donnée qui aggrave tous les problèmes. Quand l’épidémie ruinera des pays, que les économies s’effondreront, la misère va s’installer et ce sera un moteur considérable de déplacement des populations qui essaieront de survivre par tous les moyens. Ces populations viseront des pays présentés comme l’Eldorado… alors que l’Europe occidentale ressemble plutôt, depuis déjà longtemps, à l’Eldorado de la Méduse. Des pays comme le nôtre, compte tenu de leurs législations sociales et familiales, sont dans l’incapacité totale de contrôler de tels torrents de populations. Nous assistons au prodrome d’une guerre qui sera peut-être la Troisième Guerre mondiale… 

L’épidémie aura eu cependant le mérite de révéler aux Français un certain nombre de choses. Tout d’abord, les carences de notre organisation hospitalière et sanitaire, qui a dû faire feu de tout bois et réaliser des acrobaties techniques pour faire front à la demande. Deuxième révélation : nous sommes entièrement à la merci d’un pays comme la Chine communiste - approvisionnement en médicaments, en pièces détachées, etc. La pratique du bas coût, cet objectif exclusif, nous a conduits à livrer à l’étranger un certain nombre de productions qui sont vitales au sens littéral du terme, ou même, si j’ose ce néologisme, survitales.

Emmanuel Macron a justement expliqué, après le début de la crise du coronavirus, que c’était « une folie » de « déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner ». Cette prise de conscience souverainiste est-elle trop tardive ?
Il n’est jamais trop tard pour bien faire ! Il faut essayer par tous les moyens de pallier au risque dramatique qui se présente à nous et qui est mortel. Nos civilisations, en particulier celle de l’Europe occidentale, risquent la submersion et le bouleversement total des situations par ces vagues et torrents migratoires qui vont être déclenchés. Quand on sait qu’il y a 8 milliards d’habitants, que l’on connait une crise économique de grande dimension, et donc bientôt une crise monétaire et sociétale, il n’y a nul besoin d’être sorti de l’ENA pour savoir ce qu’il faudrait faire. Dans ces conditions-là, ce que nos adversaires appellent le repli, c’est à dire la concentration de nos moyens sur notre territoire national, est absolument indispensable.

Si j’en juge d’après les termes que vous avez employé, Emmanuel Macron a trouvé son chemin de Damas. Il a fait sa conversion. Seulement, quelques jours avant de prononcer cette phrase, il validait la signature d’un traité de libre échange avec le Vietnam. C’est là où l’on peut être très sévères à l’égard de nos gouvernants : il n’est pas toujours vérifié que leurs actes correspondent à leurs paroles et leurs engagements. Je pense que l’esprit de monsieur Macron voit bien la réalité, mais le président de la République continue de mener la politique pour laquelle il a été élu … Que dire et que faire ? Nous expliquer, comme en son temps François Mitterrand, que l’Union européenne, pour la France, est « le nouvel espace de notre grandeur » ? Qui va encore le croire ? L’indépendance dans l’interdépendance ? C’est si loin, Maastricht ! Est-il capable de faire sa révolution personnelle avant de faire la révolution nationale qui est nécessaire ? Je ne sais pas. Les desseins de Dieu sont insondables. 

Le président de la République a-t-il amorcé cette « révolution personnelle » dans son allocution télévisée de ce lundi soir ?
Je l’ai au contraire jugé extrêmement décevant, et pour tout dire égal à lui-même. Dans sa bouche, le confinement ressemble à une solution de résignation noyée dans une interminable marée de précisions mineures. Rien ne porte la marque d’un chef d’État dans un pays en crise. De plus, il m’a fait l’effet d’être enfermé dans une grande solitude, ne parvenant ni à mobiliser ni à rassurer. La litanie des remerciements sert à boucher les trous dans un raisonnement qui élude plusieurs questions cruciales, notamment : qui paiera finalement la facture des chocs économiques et sociaux à venir ? 

La France est officiellement entrée en récession. Son PIB s’est effondré de 6%. Selon la Banque de France, l’activité économique globale a chuté de 32 % pendant la quinzaine de confinement de mars. La crise économique qui vient sera-t-elle plus grave que la crise sanitaire ? 
Je le pense et je crois même que les conséquences humanitaires seront beaucoup plus graves que ne l’aurait été le développement “normal” de la pandémie. L’un des risques que nous courrons dans cette période de trouble, période lors de laquelle le gouvernement se dote généralement de pouvoirs exceptionnels, c’est la tentation pour celui-ci d’utiliser notre arme principale, le parachute des Français : le trésor d’or de la banque de la France. Il faut lui dire : « Bas les pattes ! » Monsieur Sarkozy en son temps avait fait l’erreur d’en vendre 600 tonnes. Il ne faut pas toucher à notre stock d’or, qui se trouve d’ailleurs revalorisé chaque jour qui passe. Prenons aussi le sujet capital du pétrole, si complexe et évolutif : voila maintenant que Vladimir Poutine se trouve en position de juste revanche sur les initiateurs des scandaleuses sanctions visant la Russie depuis les événements de Crimée et d’Ukraine, sanctions qui pénalisent tous les pays européens. 

L’Eurogroupe s’est accordé hier sur un plan de soutien à l’économie à 500 milliards d’euros. L’Union européenne fait-elle partie de la solution ou du problème ?
Elle fait partie du problème. Personne dans les dernières semaines, depuis que le virus a frappé notre continent, n’a même parlé de l’Union européenne, qui s’est révélée être un fantôme. Vouloir construire l’avenir à partir d’une entité qui vient de révéler sa nullité au monde entier me parait extravagant.

Emmanuel Macron dit que nous sommes « en guerre ». Des guerres, vous en avez connu plusieurs, comme fils et adolescent, comme soldat, comme homme politique. Partagez-vous son avis ?
Je sais que les pandémies ont fait parfois plus de morts que les grandes guerres. Ce fut le cas de la grippe espagnole en 1919 qui a tué probablement plus de 50 millions de personnes, plus que la Première guerre. Mais pour autant, comparer la situation que nous traversons à la guerre ne me semble absolument pas pertinent. Il y a des différences qui tiennent à la nature des contraintes qui s’exercent sur les gens quand l’instrument de cette contrainte est un ennemi armé, botté et casqué, plus dissuasif que les casquettes de nos policiers pendant le confinement. 

Emmanuel Macron parle de guerre pour frapper l’opinion mais ce qui est gravissime en l’occurrence, ce n’est pas le virus en lui-même. La vraie menace actuelle, je l’ai dit, c’est la menace migratoire, qui risque de nous envahir en dehors de toutes les formules de guerres traditionnelles. Ce qu’il y a de gravissime, ce qu’il faut faire comprendre aux gens, c’est que pour la première fois, l’invasion massive de la France et de l’Europe va être le fait de gens qui ne sont pas identifiables, pas armés, pas bottés, pas casqués, qui sont mains nues. Il faut imaginer les moyens de résister à cela si nous voulons garder notre indépendance nationale, car actuellement nous n’avons que les faiblesses de notre législation. 

L’opposition est accusée de ne pas respecter l’appel à « l’unité nationale ». L’heure est-elle à la critique de l’exécutif ?
La démocratie a des avantages et des inconvénients. L’un des avantages est de pouvoir critiquer les mesures qui sont prises par le gouvernement en place. C’est le rôle normal d’une opposition. Qu’elle puisse faire son devoir, essayer d’influencer les choix du gouvernement au plus près des idées qu’elle défend me parait naturel. Nous ne sommes pas dans une situation de conflit qui permette de se dispenser de ce contre-pouvoir démocratique.

Il y a une contradiction fondamentale entre le comportement des dirigeants qui se sont succédés et l’appel à cette notion vague d’union nationale. Notre gouvernement lance cet appel à l’unité et dans le même temps, il renonce à appliquer la loi de confinement dans les banlieues… Tout simplement parce qu’il n’a pas les moyens de le faire ! Rétablir l’unité passerait par une révision radicale de nos législations sociales : droit d’asile et de manière générale tout ce qui touche les migrations étrangères qui viennent dans notre pays. Nous ne sommes pas en mesure de contrôler sévèrement ou même de faire cesser des migrations qui nous paraissent dangereuses. Une vague tsunamique se prépare : si le gouvernement cherche l’unité de la nation, et si gouverner c’est prévoir, je pense que les gouvernants ont du souci à se faire - et les citoyens aussi d’ailleurs. 

Emmanuel Macron s’en remet régulièrement, depuis le début de la crise, à l’avis du Conseil scientifique. Le politique exerce-t-il toujours le pouvoir, ou l’a-t-il abandonné aux mains des « experts » ?
On voit bien que le président se raccroche à ça comme à une bouée de sauvetage. Il se retranche derrière l’opinion des sachants. Macron s’attend à ce que sa politique soit mise en cause après les événements, et il se prépare quelques alibis politiques en se retranchant derrière l’avis des médecins. Je remarque au passage que la constitution de ces organismes derrière lesquels se réfugient nos dirigeants est relativement opaque… Toute une série d’organes interfèrent maintenant dans la vie publique, organes dont on ignore souvent l’origine, les moyens, les buts, et qui exercent leur activité au détriment de l’activité des institutions démocratiques régulières. Le débat se passe non pas à l’Assemblée nationale ou au Sénat mais dans les médias et les instituts de sondages.

Pour contenir l'épidémie de Covid-19 une fois levées les mesures de confinement, l’exécutif étudie la piste du « backtracking », utilisation de nos smartphones pour tracer la circulation du virus et les contacts de chacun. Que vous inspire cette hypothèse ?
Je suis très hostile à toutes les formules qui tiennent à réduire la liberté des citoyens, à les faire contrôler à quelque titre que ce soit. C’est la porte d’entrée dans le totalitarisme. Les raisons médicales qui sont avancées me paraissent spécieuses. 

Il faut toujours garder en tête que la pente naturelle des pouvoirs, c’est d’en abuser. C’est pour cela qu’un certain nombre d’institutions sont chargées de les contrôler pour les empêcher d’empiéter sur les libertés des citoyens. C’est un combat permanent. Les atmosphères de guerre, c’est certain, permettent aux pouvoirs d’obtenir des libertés que les citoyens ne leur accorderaient pas en temps normal. Une fois la guerre passée, ces évolutions liberticides reste dans les institutions. 

Dans le paysage politique actuel, au gouvernement et dans l’opposition, quelqu’un vous semble-t-il à la hauteur de la situation ? Existe-t-il encore dans notre classe politique des personnalités capables d’être au rendez-vous de l’histoire ?
A priori non… La providence le fera peut-être se révéler, je ne sais pas. Le besoin crée l’organe. Souhaitons le ! Je pense que les gouvernements, observateurs et opposants actuels sous-estiment largement les données fondamentales de la politique et de la géopolitique.

Vous évoquez beaucoup votre dévotion pour Jeanne d’Arc. Quelle leçon la pucelle d’Orléans peut-elle nous enseigner pour traverser cette épreuve ?
C’est l’héroïne française par essence, dans sa complexité et dans la brièveté fulgurante de sa vie. Est-ce qu’un phénomène comparable est possible aujourd’hui ? Je ne sais pas… Ce qui crée l’histoire, c’est la conjonction des personnalités et des événements. Il y eut dans l’histoire des personnes formidables qui n’ont pas connu de situations pour se révéler, et à l’inverse, des situations n’ont pas trouvé leur incarnation. Jeanne d’Arc fut une chance extraordinaire pour la France, elle incarna parfaitement cette rencontre entre l’histoire et une personnalité extraordinaire. Elle est encore aujourd’hui un motif d’espérance. Si c’est possible, le 1er mai prochain, j’irai déposer mon petit bouquet de fleurs Place des Pyramides et célébrer le centenaire de la canonisation qui proclame ainsi la sainteté de notre héroïne nationale - j’espère que d’ici là, ce qu’on attendaient depuis plusieurs mois, la restauration de la bannière de la statue, sera réalisée, mais je ne crois malheureusement pas que cela intéresse beaucoup madame Hidalgo…

Source : https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/politique/interview-jean-marie-le-pen-nous-assistons-au-prodrome-dune-guerre-qui-sera-peut-etre-la-troisieme-guerre-mondiale-118116

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Walter 15/04/2020 13:03

Soutient jean marie le Pen