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Le blog politique de Thomas JOLY

Qui est Aïssa Maïga ? La militante tapie derrière l’actrice

3 Mars 2020, 07:08am

Publié par Thomas Joly

Vendredi dernier, plus de deux millions de spectateurs ont pu prêter l’oreille à l’homélie antiraciste de Maïga. Son prêche, loin d’avoir fait l’unanimité, a plutôt semé la discorde au sein des derniers fidèles de la cérémonie des Césars. Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes ont exprimé le "malaise" qu’ils avaient ressenti en visionnant ce discours décousu et parfois même incompréhensible. A défaut d’être original, le fond de son propos était certes à peu près clair : les minorités ne vont « pas laisser le cinéma français tranquille ». En revanche, certaines subtilités de son allocution ont pu laisser les téléspectateurs pantois, notamment lorsque l’actrice s’est essayée à l’humour, en couronnant Vincent Cassel premier « renoi du cinéma français ».

Une égérie antiraciste 

Outre les débats sur cette nouvelle polémique, la soirée fut également l’occasion pour beaucoup de simplement découvrir la comédienne. Qui est donc Aïssa Maïga, l’égérie autoproclamée de l’antiracisme au cinéma ?

Les premiers pas politiques d’Aïssa sont à retracer dans un ouvrage collectif publié en 2018, intitulé Noire n’est pas mon métier. Dans ce livre, 16 actrices d’origine africaine racontent des anecdotes issues de leurs vies professionnelles et dénoncent les discriminations dont elles ont été victimes dans le milieu du cinéma. Cet ouvrage, repris par Quentin Delcourt dans le documentaire Pygmalionnes, peut se lire comme un manifeste féministe intersectionnel qui ne dit pas son nom. L’année de sa publication, les 16 auteurs feront les unes du monde entier en dansant sur les marches du Festival de Cannes, puis lanceront leur collectif politique, Diaspora, dont Aïssa sera la présidente. Le militantisme de Maïga ne s’arrête pas là. La comédienne est également présidente du collectif 50/50, célèbre pour ses chartes de l’inclusion, de la parité et de la diversité, (toutes rédigées en écriture inclusive, cela va de soi). Ce groupe affichant ostensiblement son idéologie féministe et antiraciste, souhaite imposer une parité absolue et des quotas ethniques dans tous les domaines de l’industrie du cinéma :

« En signant la Charte [Pour l’inclusion], les signataires s’engagent, au travers d’actions concrètes à tous les stades de la production cinématographique et audiovisuelle, à favoriser la diversité de la société française dans toutes ses différences, ses richesses, ses composantes culturelles, ethniques, géographiques et sociales, pour l’égalité des chances et la parité entre les hommes et les femmes. »

Porosité avec l'idéologie LGBT et le parti des Indigènes de la République

En dehors du cadre de l’industrie cinématographique, cette association semble également acquise à la cause des mouvements LGBT. Sur Twitter, le compte du collectif 50/50 a soutenu le festival féministe de Concarneau Very Bad Mother, car il poussait à : « Réfléchir et construire ensemble de nouvelles parentalités, en dehors du cadre "d’un papa une maman" ». Notez la référence explicite au slogan de la Manif’Pour Tous. A titre personnel, il arrive également qu’Aïssa Maïga se prononce publiquement sur des sujets de société. On peut notamment citer son soutien à la pétition du groupe MTE (Mères Toutes Egales) en 2011, relayée par le PIR, défendant le droit au port du voile pour les accompagnatrices lors des sorties scolaires.

Son engagement politique est sans doute compréhensible à la lumière de son passé. Maïga est originaire du Sénégal, pays dans lequel elle va séjourner jusqu’à ses cinq ans, pour finalement rejoindre la France. L’enfance de la comédienne a été marquée par la mort de son père, Mohamed Maïga, alors qu’elle n’avait que 9 ans. Ce dernier était un célèbre journaliste de Jeune Afrique, ayant participé à la révolution de Sankara au Burkina-Faso. Sa mémoire laissera une empreinte idéologique profonde sur Aïssa, qui déclarera plus tard : « Mon père était journaliste, l’écriture est pour moi une arme ».

Agée de 22 ans, la jeune actrice est découverte par Yvan Attal et décroche un rôle de premier plan dans son film Saraka Bô. Le scénario, issu d’un roman de Tobie Nathan, raconte une enquête sur l’assassinat de deux femmes noires. Ce rôle fut le début d’une longue et prestigieuse carrière pour Aïssa, arrivant enfin sous le feu des projecteurs. On la retrouvera ensuite dans des films de Michael Haneke, Claude Berri, ou encore Cédric Klapisch. Plus tard, Maïga est devenue scénariste : « J’avais envie d’avoir ma propre parole (…) J’ai des choses à dire ». Au fil des années, la comédienne n’a plus souhaité s’exprimer uniquement devant l’objectif ou à travers ses tournages : Aïssa Maïga est devenue militante.

Loin de n’être qu’une actrice, Aïssa Maïga est également une femme engagée à l’extrême-gauche et dotée d’une influence considérable dans le milieu du cinéma. Son allocution de la 45e cérémonie des Césars n’était pas une simple errance imbibée de bons sentiments trop faciles, mais un discours de meeting. Aïssa a beau être une actrice, elle s’est comportée ce soir-là comme une militante. A travers la figure de Maïga, on en vient à se demander si la cérémonie des Césars vise à célébrer des artistes, ou si elle s’est définitivement transformée en une tribune de portée nationale pour une extrême-gauche radicale, minoritaire et sermonneuse qui avance voilée.

Nicolas Clément

Source : http://valeursactuelles.com

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