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Le blog politique de Thomas JOLY

Comment la puissance chinoise tire le monde vers le bas

10 Février 2020, 06:09am

Publié par Thomas Joly

Il y a trente ans, la Chine encore sous l'emprise du maoïsme, son idéologie mortifère, sa gestion baroque de l'économie, faisait figure de pays arriéré, marginalisé, oublié du reste du monde. Trente ans ont passé. La Chine pèse aujourd'hui près de 20 % du PIB mondial. L'Empire miséreux est devenu l'usine du monde. C'est aujourd'hui le premier exportateur de la planète.

Une success-story communiste, made in China ? Pas tout à fait. Car la Chine a deux visages. Un visage souriant, moderne, voire ultra moderne, industrieux, travailleur, inventif, imaginatif qu'elle exhibe comme une vitrine aux yeux d'un monde qu'elle parvenait encore à éblouir il y a quelques semaines à peine. Et puis il y a la face sombre, celle qu'il ne faut pas voir, celle que les autorités s'emploient à camoufler avec un rare acharnement. Si cette face venait à être démasquée aux yeux de tous, c'est l'image du pays, mais aussi son insertion si profitable dans le marché mondial qui serait remise en cause. Et sa réussite grandement fragilisée.
Le succès de la Chine repose sur trois piliers :

  1. L'investissement massif des multinationales occidentales, dès le début des années quatre-vingt-dix, a relancé un pays alors totalement isolé des grands marchés mondiaux, incapable de se relancer par ses propres forces.
  2. La présence de masses gigantesques de main d'œuvre misérable, mais dure au mal et disciplinée, corvéable à souhait, idéale pour le travail à la chaine et les industries de base.
  3. Le régime totalitaire, à la poigne de fer, permet de maintenir l'ordre et la cohésion sociale malgré la persistance de la pauvreté pour l'immense majorité des Chinois. Il permet aussi de réinvestir les recettes à l'export dans les hautes technologies et les infrastructures, plutôt que de les diluer dans le social. Ainsi, la Chine reste ultra-compétitive, et parvient à financer sa montée en gamme. Ses succès à l'export compensent largement un marché intérieur peu soutenu par l’État et le pouvoir d'achat modeste de la population. Même si la croissance finit quand même par profiter à tous, la redistribution est partielle. La pauvreté reste le lot de la majorité.

La Chine ne doit son succès industriel et commercial qu'à la persistance de l'immense pauvreté de sa population. Et au fait que les institutions mondiales ferment les yeux sur bien des carences. Membre de l'OMC depuis 2001, la Chine a l'obligation de converger vers un mieux disant social, sanitaire, qualitatif, environnemental, culturel, et politique. Elle ne le fait que parcimonieusement, et sous la pression des institutions commerciales et financières quand elles se décident à hausser le ton. En fait, la percée des produits chinois relève d'une concurrence déloyale manifeste, que les autres pays n'ont jamais osé dénoncer avant que Trump n'y mette son grain de sel. Depuis longtemps, la Chine aurait du être sommée de se conformer aux normes internationales, sous peine d'être congédiée de l'OMC. Mieux, depuis Xi, la Chine semble durcir encore un peu plus son système politique, la répression des dissidents, le flicage de la population.

La faiblesse ne paie jamais. Les puissances occidentales ont laissé faire pendant trente ans. Aujourd'hui la Chine est une vraie bombe qui menace la planète entière. Avec la mondialisation, la situation sanitaire des uns présente un risque évident pour tous les autres. A fortiori pour un pays d'un milliard et demi d'habitants, qui envoie chaque année des centaines de millions de ses ressortissant faire du tourisme ou des affaires aux quatre coins du globe. Mais la Chine, ce sont aussi des milliards de produits dangereux, toxiques, exportés de par le monde. Des contrefaçons qui privent nos entreprises de dizaines de milliards d'euros de chiffre d'affaires. La Chine, c'est aussi la championne hors concours des émanations de CO2, des épandages de produits toxiques, d'acides qui polluent la nappe phréatique et l'air ambiant : pendant ce temps, c'est sur la France et l'Allemagne que Greta déchaine son hystérie… La Chine et ses bas salaires, ses normes sociales et syndicales inexistantes, coute énormément à nos industries, à nos salariés précarisés, condamnés au chômage et à la baisse de leur pouvoir d'achat : face à un tel géant économique, il faut s'aligner, ou disparaitre… La Chine, et son régime totalitaire, où les avancées technologiques sont immédiatement testées pour mettre sous vidéosurveillance le moindre quidam, est aussi un risque pour la démocratie dans le monde : comment pourrons nous résister en multipliant grèves, contestations, revirements politiques incessants, face à un concurrent gigantesque et entièrement mobilisé au service d'une stratégie planifiée depuis trente ans ? Combien de temps nos entreprises tiendront-elles face à la puissance et la voracité de Chinois qui peu à peu, rachètent notre économie, nos fleurons, notre patrimoine ?

Le coronavirus est aujourd'hui notre dernière chance de faire rentrer la Chine dans le rang. Il faut dire que cette crise est l'illustration la plus flagrante de la situation du pays, de son ambivalence et des méfaits de son régime. Il faut rappeler que le Docteur Li Wenliang, avait dès le mois de décembre alerté les autorités sur la dangerosité du virus : il vient de décéder en prison… Quelle fiabilité accorder à un régime totalitaire, obnubilé par la seule conquête économique du monde, et prêt à tout lui sacrifier ? Quelle fiabilité accorder aujourd'hui aux informations diffusées par Pékin, quand on sait à quel point cette épidémie menace sa crédibilité internationale ? Il faut rappeler aussi que l'origine du virus, et sa rapidité d'expansion, proviennent de l'état sanitaire du pays, les viandes d'animaux sauvages vendues sans aucun contrôle sur les marchés ( on parle de viandes de chauve-souris, ou de pangolin). Quand on est le premier exportateur de la planète, l'impact de ce laxisme est forcément d'envergure mondiale : si le virus se répand, nous paieront tous très cher la désinvolture sanitaire d'un régime qui sacrifie tout sur l'autel de l'expansion économique. Et puis, si la crise se prolonge, l'impact sur l'activité mondiale sera considérable, nous commençons déjà à le ressentir en Europe, tandis que l'Empire du Milieu semble aujourd'hui presque à l'arrêt, figé dans la peur de la contamination...

Ce virus pourrait donc être l'occasion d'imposer une fois pour toute à la Chine de se conformer aux normes qui relèvent de sa qualité de membre important de l'OMC. Les dirigeants occidentaux y parviendront-ils ? Derrière Trump, combien de divisions, en Europe en particulier ?

L'avenir nous dira si nos dirigeants auront le courage de faire rentrer la Chine dans le rang, où si, une fois de plus, c'est Pékin qui aura le dernier mot, et les mains libres pour continuer à tromper le monde entier en toute impunité.

Olivier Piacentini

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