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Le blog politique de Thomas JOLY

BlackRock, la cible idéale des anti-capitalistes

13 Février 2020, 06:08am

Publié par Thomas Joly

Des activistes contre la réforme des retraites aux écolos, en passant par les gilets jaunes, le géant américain de la finance fait l’objet d’attaques d’une violence inouïe. Au cœur de tous les fantasmes.

Des traces de peinture rouge-sang sur la moquette, des tags sur les murs contre le « capitalisme mortifère », et surtout, la revendication écolo, cette arme absolue contre ceux qui financent des multinationales « climaticides » : « Brûle Blackrock, sauve un dauphin », « Blackrock, assassin » pouvait-on lire sur les murs. Telles étaient les motivations des jeunes des associations « Youth for Climate », « Fridays for Future » et « Extinction Rebellion » âgés pour certains d’à peine 16 ans, qui ont saccagé lundi 10 février les bureaux parisiens de BlackRock, situés à deux pas de l’Opéra, dans l’ancien siège du Crédit Lyonnais. Cette organisation rejoint les opposants à la réforme des retraites, Olivier Besancenot et Jérôme Rodrigues en tête, qui avaient investi le 7 janvier le hall d’entrée du géant américain, en brandissant torches lumineuses et drapeaux pour dénoncer celui qui est considéré par les activistes comme Le bénéficiaire de la future réforme. Ainsi, le numéro un mondial de la gestion d’actifs est devenu en France un double symbole : pour ceux qui rejettent la retraite par capitalisation et pour ceux qui s’imaginent que Black Rock contribue par ses investissements au dérèglement climatique.

A l’origine des critiques, la publication d’un article de Mediapart le 9 décembre 2019, présentant une photo d’Emmanuel Macron en compagnie de Larry Fink, le PDG américain de Black Rock. Mediapart veut démontrer « que le géant américain voudrait dynamiter la retraite par répartition ». En réalité, la photo a été recadrée et remonte à juillet 2019, lorsque le Président Macron avait reçu à l’Elysée le gratin de la finance, dont les Français Yves Perrier, le patron d’Amundi, filiale du Crédit Agricole, ou encore Jean Raby (Natixis). L’article de Mediapart est alors largement commenté par les politiques. « Si vous aviez encore un doute… Le fonds de pension américain BlackRock explique que les réformes Macron lui permettront de gérer la retraite privée des Français » s’exclame Ian Brossat, l’adjoint au maire de Paris. Et Olivier Faure, le Premier secrétaire du PS, d’affirmer : « BlackRock révèle le côté obscur de la réforme des retraites ».

L’affaire ne s’arrête pas là. Dans ce climat d’extrême tension, Matignon annonce le 1er Janvier la promotion au grade d’officier de la Légion d’Honneur de Jean-François Cirelli, président de la filiale française de Blackrock. Proche du directeur de cabinet d’Edouard Philippe, le dirigeant, ancien élève de l’Ena (promotion Leonard de Vinci) a quitté l’administration en 2004 pour devenir président de Gaz de France et organiser sa fusion avec Suez… avant de rejoindre BlackRock en 2015. Pour les activistes, cette nomination, très maladroite, est une provocation. Le Ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a beau rappeler le 3 janvier que « BlackRock est un gestionnaire d’actifs, donc BlackRock ne s’occupe pas de pensions de retraite, donc on est en train de mélanger les choses qui n’ont absolument aucun rapport », le mal est fait. Et qu’importe si le géant américain ne distribue aucun produit de retraite… BlackRock paie en réalité le prix de sa force de frappe financière. Premier gestionnaire d’actifs au monde alors qu’elle n’a qu’un peu plus de 30 ans (fondé en 1988), l'entreprise gère 7 400 milliards de dollars. Soit trois fois le PIB de la France. L’an dernier, elle a collecté 429 milliards de dollars, trois fois plus qu’en 2018…Or, selon les règles prudentielles, cet argent est à 80% investi en répliquant les indices boursiers internationaux, ce qui explique que le fonds soit l’un des premiers actionnaires de Total ou d’Engie. Mais pour ses autres investissements hors indiciels, Blackrock a décidé d’orienter sa gestion dans des actifs durable ; il exclut par exemple 13 secteurs dont les combustibles fossiles de ses nouveaux investissements. Il a donc devancé ceux qui ont saccagé les locaux parisiens mardi. Et pourtant, le secrétaire national d’EELV, Julien Bayou, a condamné les « dégradations »… mais « pas l’occupation » des locaux qu’il souhaite « pacifiste ». Sans commentaire.

Marie de Greef-Madelin

Source : http://valeursactuelles.com

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