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Le blog politique de Thomas JOLY

Afrique : la mauvaise gouvernance tue plus que les guerres

10 Septembre 2019, 05:59am

Publié par Thomas Joly

Vu d’Afrique, les discours fallacieux sur « l’émergence » sont pénibles car lourds de conséquences, néfastes pour les populations.

Dans l’article « Et si les Africains avançaient malgré leurs dirigeants ? », une chercheuse affirme que « la mauvaise gouvernance fait plus de morts que les guerres » (1). C’est ce qu’on constate sur le terrain où, entre l’Afrique « des galeries » et celle « des galères », le fossé se creuse. On peut être inquiet et pessimiste pour les années à venir, car une bombe socio-économique à retardement et à fragmentation peut soudainement dégénérer en « printemps africains » d’une ampleur inédite.

Côté galerie, les dirigeants africains maîtrisent les codes modernes de la communication-manipulation institutionnelle pour dire et montrer ce que la communauté internationale veut entendre et voir. Afin de progresser dans les classements internationaux, obtenir les conditions économiques et financières les plus favorables et attirer les investisseurs. D’où les rapports biaisés, voire truqués, des organisations internationales, bailleurs de fonds, agences de développement, agences de notation et autres ONG qui vivent confortablement de la pauvreté. Adeptes complaisants de la méthode Coué, ceux-ci se laissent canaliser le long « d’itinéraires balisés de l’émergence », version moderne des « villages Potemkine ».

Côté galère, la société civile et le secteur privé sont lassés par les promesses d’« émergence », slogan politique racoleur et imposture économique sans contenu défini, à l’horizon fuyant. Globalement, l’Afrique « n’émerge » pas ; au contraire, elle « s’enfonce » toujours plus dans la mauvaise gouvernance et l’endettement sans limites ni réalisations correspondantes, au prétexte non avoué d’un rattrapage matérialiste et d’une revanche historique. Le retard n’est pas dû à un manque de moyens, mais à la corruption omniprésente, à la défaillance et à la prédation des États. Si les guerres civiles causent moins de morts, d’autres formes sournoises de violence font davantage et toujours plus de victimes sanitaires et du manque d’instruction. Même les repatriés de la diaspora africaine passent vite de l’enthousiasme à la désillusion et à la déception : « Peut-être qu’on nous a mal expliqué les choses ou peut-être que c’est moi qui ai mal compris quand on a parlé de retourner au pays », disent-ils (2). Malgré l’existence de conventions entre États et de fonds de solidarité, inopérants, nombre d’entre eux venus partager et faire fructifier les compétences acquises à l’étranger envisagent de repartir, découragés. Ceux qui sont restés dans des pays généreux comme la France, de milieux d’affaires et politiques, sportifs et intellectuels, restent à distance tout en proclamant leur africanité et leur passion de l’Afrique.

Pour sortir de cet engrenage, une révolution des mentalités et des pratiques s’impose.

Depuis l’étranger, sortir des mythes et des idéologies, dont celle de la culpabilisation historique. Dans l’intérêt des populations bénéficiaires, il serait utile d’interrompre toutes formes d’aide gratuite, d’imposer une conditionnalité claire à tous partenariats et d’en contrôler-sanctionner réellement l’exécution, ainsi que la véritable finalité.

Pour qui vit en Afrique, sortir de la soumission volontaire et inconditionnelle au chef. Exiger des dirigeants qu’ils obtiennent des résultats concrets et rendent des comptes. Adapter les traditions et les coutumes, sans les renier, aux exigences du développement.

Pour tous, encourager les intellectuels africains à réécrire l’histoire de l’Afrique sur des bases non idéologiques pour donner aux populations africaines une conscience identitaire. C’est ce que font, parmi d’autres, l’économiste anthropologue franco-sénégalais Tidiane N’Diaye, auteur d’études coloniales rares car équilibrées (3), ou l’écrivain journaliste ivoirien Venance Konan à qui nous laisserons le dernier mot au titre de son dernier ouvrage : « Si le Noir ne tient pas debout, laissez-le tomber. Tout ce que je vous demande, c’est de ne pas l’empêcher de se tenir debout » (4).

(1) « Et si les Africains avançaient, malgré leurs dirigeants ? », Marie Davoine, 21 août 2019.
(2) « Ex-Ivoiriens de la diaspora : dure, dure, l’adaptation au milieu des affaires », dans Fraternité Matin, quotidien national ivoirien, édition du 7-8 septembre 2019.
(3) Le Génocide voilé, Gallimard, 2008.
(4) Si le Noir ne tient pas debout, laissez-le tomber. Tout ce que je vous demande, c’est de ne pas l’empêcher de se tenir debout, Michel Lafon, 2018.

Jean-Michel Lavoizard

Source : http://bvoltaire.fr

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Union des Fouines 11/09/2019 11:20

https://bernardlugan.blogspot.com/p/abonnement-reabonnement.html


En Afrique du Sud, pays de Nelson Mandela, des Noirs massacrent d'autres Noirs. Qui plus est, des Noirs immigrés, des frères migrants venus de pays ayant jadis soutenu leur lutte contre le régime blanc...
Comme en 2016, un peu partout, notamment au Natal et dans la région de Johannesburg, les étrangers noirs, qu'ils soient Malawites, Mozambicains, Somaliens, Zimbabwéens, Soudanais ou Nigérians, sont ainsi de nouveau pris pour cible, lynchés, brûlés vifs, cependant que leurs pauvres biens sont systématiquement pillés par des foules ayant échappé à tout contrôle policier.

Voilà de quoi déstabiliser ces cocus idéologiques qui, croyant au mythe-guimauve de la « nation arc-en-ciel », prétendaient que les maux du pays découlant de la domination blanche, une fois la majorité noire au pouvoir, les fontaines de la démocratie laisseraient couler le lait et le miel de la fraternité...

La réalité est évidemment autre car ces tueries xénophobes illustrent l’échec de la « Nouvelle Afrique du Sud » dont les dirigeants ont dilapidé le colossal héritage reçu de l’ancien régime blanc. Résultat :
- Le revenu de la tranche la plus démunie de la population noire est inférieur de près de 50% à celui qu’il était sous le régime blanc d’avant 1994 ;
- 17 millions de Noirs vivent essentiellement des prestations sociales et 14 millions ne survivent que grâce au versement d’une allocation (Social Grant) qui leur assure le minimum vital ;
- Le taux réel de chômage est de près de 35%, et celui des jeunes âgés de 15 à 34 ans de plus de 50%.

En 25 années de pouvoir, l'ANC - le parti de Nelson Mandela -, a donc transformé la prospère Afrique du Sud en un Etat du « tiers-monde » dérivant dans un océan de pénuries, de corruption, de misère sociale et de violences, réalité en partie masquée par les derniers secteurs ultraperformants encore tenus par des Blancs. Un naufrage économique qui tient en trois points :

1) La production minière nécessite une énorme modernisation et donc de gros investissements ; or, la main d’œuvre noire revendiquant des salaires plombant la compétitivité, les investisseurs ont délocalisé.

2) Les cadres blancs continuent à quitter le pays, chassés par la discrimination inversée, l’incroyable insécurité et le surfiscalisme.

3) Le secteur agricole, le seul à être excédentaire a été littéralement assassiné par la décision de spoliation des fermiers blancs.

Dans ce pays où un abîme s'est creusé entre une infime minorité de profiteurs noirs et des millions de chômeurs, d’assistés et de travailleurs sous-payés qui paralysent le pays avec de continuels mouvements de revendication, l’abyssal échec économique et social de l’ANC a donc débouché sur des violences xénophobes, les étrangers étant accusés de prendre le travail des plus pauvres.

Au pied du mur, acculé par le bilan de ses détournements et de son incompétence, l’Etat-parti ANC n’a désormais plus que trois options :

1) Chercher à redresser l’économie en empruntant une voie libérale, mais il provoquera alors une révolution.

2) Accuser le bouc-émissaire blanc en tentant de faire croire que la situation est un héritage de l’apartheid et en nationalisant les mines et la terre. La « poule aux œufs d’or » sera alors définitivement tuée, comme au Zimbabwe, et le pays sombrera encore davantage dans la misère.

3) Recourir à la « planche à billets », ce qui, comme au Zimbabwe, provoquera d’abord l’inflation, puis une hyperinflation et la ruine totale du pays.