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Le blog politique de Thomas JOLY

Assemblée franco-allemande : un machin de plus au service de la supranationalité

3 Avril 2019, 06:10am

Publié par Thomas Joly

« Nous donnons à la relation Franco-allemande déjà singulière une nouvelle dimension. »

C'est par ces mots enthousiastes que le président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, se réjouissait, lundi 11 mars de la création, presque en catimini, d’une Assemblée franco-allemande composée de cinquante députés français et de cinquante élus au Bundestag qui devra se réunir au moins deux fois par an et dont la mission affichée est de suivre les activités du Conseil franco‐allemand de défense et de sécurité, d'assurer le suivi des affaires internationales et européennes présentant un intérêt commun (y compris la politique étrangère, de sécurité et de défense européenne commune) et de formuler des propositions sur toutes questions intéressant les relations franco‐allemandes en vue de tendre vers une convergence des droits français et allemand.

Vaste programme qui, pour la France, ne peut se traduire que par de nouveaux renoncements et ne garantit en rien une loyauté de compensation de l'Allemagne comme en témoigne la décision prise unilatéralement samedi par Berlin, contre l'avis de Paris, de prolonger l'embargo sur les ventes d'armes au Moyen-Orient.

Las… Lors de la première réunion la semaine dernière à Paris de cette entité baroque, le président de l'Assemblée nationale a dû battre le rappel des ministres français qui brillaient par leur absence face aux ministres allemands qui, eux en surnombre, entendaient bien marquer de tout leur poids le rapport de force qu’ils entendent bien imposer à la France.

En politique, les symboles comptent. Les Allemands le savent plus que tout autre.

Il y a là un pas de plus, franchi sur le chemin de la dissolution nationale. Un pas bien plus lourd de conséquences que ne l’était la velléité d'union Franco-britannique de 1940 proposée par Churchill et relayée par De Gaulle auprès du Président du Conseil Paul Raynaud, puisque cette dernière, bien critiquée et dûment controversée, si elle avait vu le jour, ne devait être formée que pour la durée de la guerre, même si on peut penser que des suites y auraient été données. Cette fois, le processus est conçu pour être irréversible.

Certains voudront voir dans cette assemblée binationale une tentative de contrer, en quelque sorte par anticipation et en application du principe de précaution, une éventuelle majorité "populiste" au sein du parlement de Strasbourg. Sans doute cette idée a-t-elle effleuré les initiateurs de l'entreprise mais elle n'est pas le moteur de l'affaire. D'abord parce que cette majorité ne verrait le jour que lorsque les droites nationales l'auront emporté dans chacun de nos pays. Pas avant. En ce cas, l’opération serait en notre faveur. Ensuite parce qu'on ne voit pas quelle légitimité supérieure aurait cette assemblée Franco-allemande.

En revanche, nous sommes bien dans la logique tracée par le traité d'Aix la Chapelle que nous avons été parmi les premiers à dénoncer. Traité bancal et germanocratique en ce qu'il conduit, à terme, à l'abandon de pans entiers de notre souveraineté à l'Allemagne, et ouvre la porte au partage de notre force de dissuasion nucléaire (vieux rêve allemand depuis le début des années 60 que poussèrent les Américains par leur projet de Force multilatérale et qu'incarna le Chancelier Erhard qui, moins un an après le Traité de signé par Charles De Gaulle et Konrad Adenauer, exigeait une « parité » de l'arme atomique), comme à celui de notre siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU. Dans son introduction, Wolfgang Schäuble, le président du Bundestag n’a certes pas directement mentionné l’européanisation du siège français au Conseil de sécurité des Nations unies (« européisation » étant le mot en forme de litote pour signifier « partage avec l’Allemagne »), qu’il avait défendue dans une interview parue le 23 mars dans le quotidien Welt am Sonntag. L’idée, évoquée il y a quelques jours par la présidente de la CDU, Annegret Kramp-Karrenbauer, avait fait bondir à Paris. « L'idée pourtant la plus logique du monde », avait alors affirmé Schaüble.

Il semble donc que ce soit là le vrai objectif de cette Assemblée qui accompagne et renforce le processus du Traité d'Aix la Chapelle.

De tout temps il a existé en France un parti de l'étranger. Au sein des services du ministère des Affaires étrangères au Quai d'Orsay, et au Parlement plus que nulle part ailleurs. Aujourd’hui, il en existe trois : le parti immigrationniste et pro Islamique, le parti pro américain et le parti pro allemand (ce sont, il est vrai, souvent les mêmes).

Pour ce qui concerne ce dernier, le vieux rêve du Saint empire Romain Germanique continue de hanter bien des esprits outre Rhin, surtout dans un contexte d'effondrement démographique allemand. Les Français, aux yeux des mondialistes de Berlin, feraient d'excellents substituts au même titre que les Turcs mais en formation collective.

Plus que jamais, le Parti de la France doit être le parti de l'intérêt national mais aussi celui d'une grande Europe qui dépasse le tête à tête aujourd’hui sclérosant du paradigme mortifère Paris/Berlin.

Pour le Parti de la France, l'Europe de la puissance et de la volonté ne se fera pas dans l'ossification d'un fantasmagorique couple franco-allemand qui ne peut, dans l'état des choses et tant que le système allemand sera ce qu'il est et le régime français ce qu'il ne devrait plus être depuis longtemps, que la prolongation de l'impuissance continentale sous strict contrôle américain et financier.

Une Allemagne moralement et politiquement reconstruite, dégagée de ses dépendances étrangères et ayant surmonté son sentiment de culpabilité, y aura alors, à nos côtés, toute sa place, conformément à la nature des choses, du poids de l'Histoire et des qualités propres de chacun de nos peuples qui font du Rhin l’artère vitale et irrigante de la vieille Europe.

Jean-François Touzé - Délégué National du Parti de la France aux Études et Argumentaire

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