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Le blog politique de Thomas JOLY

Le Franc CFA, outil de la « Françafric » pour ruiner l'Afrique et coloniser l'Europe

9 Février 2019, 14:13pm

Publié par Thomas Joly

Il aura fallu que la polémique soit lancée par le vice-président du Conseil italien, Luigi di Maio, du Mouvement 5 étoiles, pour que les Français entendent parler du franc CFA… L’affaire est née le 20 janvier quand Luigi Di Maio a déclaré à propos des migrants : « À partir d’aujourd’hui, ceux qui veulent débarquer en Italie, on va les emmener à Marseille. Je vais demander des sanctions contre les pays qui colonisent l’Afrique. La France imprime le franc dans les colonies pour financer une partie de sa dette : pour laisser les Africains en Afrique, il suffirait que les Français restent chez eux ».
 
Le Franc CFA, c’est le Franc de la Communauté Financière Africaine qui est le nom de deux monnaies communes héritées de la décolonisation : le franc de la communauté financière en Afrique pour le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo, et le franc de la coopération financière en Afrique centrale pour le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine et le Tchad ; 14 pays en tout, pas tous francophones et ni anciennes colonies françaises, parfois protectorat allemand, espagnol ou portugais.

Créé par De Gaule, le 25 décembre 1945 avec Soustelle et Pleven, le Franc CFA est un outil de réaffirmation de l’autorité de la métropole sur des zones qui ont échappé à son contrôle lors de la Seconde Guerre Mondiale. Ce qui pouvait se comprendre au lendemain de la Guerre prend une autre tournure au moment de la décolonisation. Ce franc CFA, imprimé à Chamalières, dans le Puy-de-Dôme, dans le fief de Giscard d’Estaing, ampute les pays qui l’utilisent, de la marque de leur souveraineté. On gardera à l’esprit le parallèle avec l’euro.
 
L'infantilisme financier et l'irresponsabilité, dans lesquels ils sont encore tenus ont engendré des peuples d'assistés chroniques. Leurs chefs d'États sont devenus des mendiants et des voleurs, pratiquant d'un côté une politique de révérence envers la puissance étrangère qui les protège, et qui détient leur porte-monnaie, et spoliant de l'autre leurs populations. Sans entrer dans les détails techniques d'un système complexe, il faut savoir que la quantité de monnaie délivrée à chacun des pays africains de la zone franc est contingentée et, dans l'absolu, la France peut à tout moment diminuer, ou arrêter sa livraison de billets. Comme elle peut prendre la décision de dévaluer cette monnaie. Ce qu'elle fit en 1994 avec le FMI et les États-Unis, générant des conséquences très dures pour les États et les populations d'Afrique. Par ailleurs, pour se garantir, la France est habilitée à stocker et à gérer à Paris, pour les pays de la zone franc, 50 % des devises provenant de leurs exportations sur des « comptes d'opération ». Elle en ponctionnait la totalité jusqu'en 1973 et l'équivalent de 65 % jusqu'en 2005 ; Les recettes en devises du cacao, du café, de l'hévéa, du pétrole, du coton, de l'uranium, de l'or, du diamant, du manganèse, des métaux rares, etc., vendus dans le monde entrent donc pour une bonne part à la Banque de France, et non dans les pays africains de la zone franc qui ont généré ces exportations. Un flux en dollars, livres sterling, yen et euros dont le Trésor français a la garde et place à son profit sur les marchés financiers internationaux.
 
Autre confiscation très avantageuse pour la France : le dépôt de l'or africain dans nos coffres, qui vient garantir ce franc CFA, et qui s'ajoute aux réserves d'or de l'État français, nous permettant, de figurer en bon rang, parmi les États occidentaux dont les réserves d'or sont les plus élevées, après les États-Unis (8.100 tonnes), l'Allemagne (3.400 tonnes), le FMI (2.800 tonnes) et l'Italie (2.450 tonnes) et devant la Russie (2.000 tonnes)… Un avantage non négligeable en période de crise. Un bon moyen, par exemple, de rassurer les agences de notation et les marchés auxquels la France emprunte de quoi boucler son budget.
Enfin, le franc CFA constitue, avant tout, un levier politique qui permet une ingérence directe dans les affaires d'un pays. Il a suffi au Gouvernement de Sarkozy de couper les robinets de la Banque centrale d'Afrique de l'ouest, et de fermer les banques - filiales de banques françaises - en Côte d'Ivoire pour mettre Laurent Gbagbo en difficulté. Nous aurons d’ailleurs l’occasion de revenir sur le cas de la Côte d’Ivoire et de son président légitime Laurent Gbagbo dans une prochaine édition.
 
En vérité, le franc CFA n’est pas un vestige de la colonisation, c’est une privatisation de la colonisation. Elle permet à nos dirigeants de corrompre les élites africaines, d’imposer la présence des multinationales comme Areva, Total ou Bouygues dans des marchés publics africains, avec des fonds publics mais des bénéfices très privés. Et les pertes parfois magistrales, comme pour Areva, si elles sont bien à la charge des contribuables français, n’empêchent en rien le versement de commissions bien juteuses…

Ce sont les mêmes multinationales qui font venir la main-d’œuvre africaine en Europe, un sous-prolétariat déraciné de pays corrompus et ruinés, une masse d’esclaves qui a l’énorme avantage de faire baisser les salaires des Européens et de mettre à mal tous les systèmes sociaux de protection (maladie, retraite, famille) et les services publics… En multipliant les bénéficiaires sans apporter de nouveaux contributeurs, l’équilibre est rompu, les systèmes de protections et les services publics ne fonctionnent plus. Du coup, les bénéficiaires légitimes et seuls contributeurs, les desouches, n’en veulent plus et le Privé peut prendre la relève… et empocher de juteux bénéfices. Délires complotistes ? Charlie Hebdodans son édition du 27 octobre 2004, citait des propos tenus par Renaud Dutreil, alors Ministre de la Fonction publique, le 20 octobre à Paris lors d’un déjeuner-débat de la Fondation "Concorde" : « Le problème que nous avons en France, c'est que les gens sont contents des services publics. L'hôpital fonctionne bien, l'École fonctionne bien, la police fonctionne bien. Alors il faut tenir un discours, expliquer que nous sommes а deux doigts d'une crise majeure, mais sans paniquer les gens, car а ce moment-là, ils se recroquevillent comme des tortues ». C'était en 2004, on mesure le chemin parcouru en 14 ans…

Pour que l’Europe demeure aux Européens, il faut rendre l’Afrique aux Africains. Ce qui permettra de rendre les Africains à l’Afrique. Le Patriotisme social et économique que le Parti de la France veut installer dans notre pays, est aussi la solution pour un développement indépendant des pays africains. Nos relations avec nos anciennes colonies, est certes nécessaire pour des raisons géopolitiques et géostratégiques, mais elles doivent se faire dans l’intérêt des peuples souverains, sur chacun des deux continents, et non pour les bénéfices de leurs castes dirigeantes, qu’elles soient politiques ou économiques.

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