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Le blog politique de Thomas JOLY

90 000 plaintes enregistrées par le CSA cette année : notre société est complètement schizophrène !

30 Décembre 2017, 11:45am

Publié par Thomas Joly

90.000 alertes reçues par le CSA durant l’année 2017. Mais ce chiffre et son augmentation laissent songeur : 38.000 plaintes avaient été enregistrées en 2016, 9.000 seulement en 2015.

Soit ces saisines sont fondées et les programmes incriminés sont réellement indécents ; soit les téléspectateurs font preuve d’une hypersensibilité devenue inquiétante. Comme souvent, la vérité doit se situer entre les deux, ou plutôt tenir à la fois des deux explications. Et ce nouveau record me semble être le signe que notre société est de plus en plus schizophrène.

Certaines émissions dénoncées au CSA ont sans doute contrevenu à la déontologie fixée par la loi de 1986. Ainsi, 43 % des plaintes concernent le « canular homophobe » de Cyril Hanouna en mai dernier. Mais si de tels programmes existent, et si Cyril Hanouna sévit toujours (personne n’ayant osé toucher à son poste), c’est qu’ils font de l’audience. On m’objectera qu’on peut aimer la provocation, l’outrance, mais juger que certaines limites ne doivent pas être franchies. Voire. Mais s’amuser ouvertement des pitreries insolentes d’un enfant, n’est-ce pas l’encourager à la surenchère ? La chose vaut aussi pour un adulte, surtout quand il y a des millions à la clé.

Un peu dans la même veine, ce fait divers du PAF, survenu mardi sur le plateau du tout nouveau jeu de C8, présenté par Jean-Luc Lemoine, « Couple ou pas couple ? » Le « concept » (comme on dit pompeusement), aussi délicieusement poétique que son titre, en est ainsi résumé par 20minutes : « Le principe du nouveau jeu de C8 consiste à reconstituer six couples parmi les photos de vingt inconnus. » Et voilà-t-il pas que « deux candidats du nouveau programme ont multiplié les clichés sur les homos », suscitant un gros « malaise en plateau ». Faut-il s’en étonner ? Puisque « les participants, qui jouent pour 50.000 euros, jugent en prenant en compte l’aspect physique, c’est la porte ouverte aux gros clichés à l’antenne », analyse finement le journal. Là encore, c’est un peu comme offrir à un enfant de quatre ans un tambour en lui enjoignant de ne pas faire de bruit.

J’imagine, par ailleurs, que la plupart des 39.000 téléspectateurs qui, après le sinistre canular d’Hanouna, se sont rués sur le formulaire mis à leur disposition sur le site du CSA n’auraient pas levé le petit doigt si un homosexuel avait été agressé sous leurs yeux par une petite frappe. On a un grand cœur, mais peu de cran. On s’émeut, on s’indigne, mais de préférence les deux fesses bien enfoncées dans le canapé. C’est humain. On peut même excuser ce réflexe de délation qui permet de se donner bonne conscience à peu de frais, d’avoir, peut-être, l’impression d’œuvrer au bien commun.

Ce qui est plus inquiétant, ce sont ces propos de Guillaume Blanchot, directeur général du CSA, qui revendique « une volonté plus importante d’ouverture du CSA », précisant : « On a voulu développer le lien avec le téléspectateurs [car] malgré ce que certains imaginent, on n’a pas d’armée de collaborateurs pour surveiller la télévision. » Des troupes de volontaires destinées à remplacer une armée régulière pour assurer la sécurité nationale, cela s’appelle… des milices. C’est assez cocasse quand on sait que le CSA « a pour mission de garantir la liberté de communication audiovisuelle en France ».

Christine Célérier

Source : http://bvoltaire.com

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