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Le blog politique de Thomas JOLY

L’audacieux défi de Trump : casser le Big Pharma

2 Février 2017, 07:29am

Publié par Thomas Joly

L’historien Ned Ryun possède un site Internet classé à droite — Nedryun.com — et a créé une organisation ayant pour vocation de former des candidats impliqués dans les gouvernements locaux, les districts scolaires et les législatures étatiques. A ce titre il est remarquablement informé sur le monde conservateur américain. D’autant plus qu’il est le fils de Jim Ryun qui fut médaillé d’argent du demi-fond aux JO de 1968 et pendant onze ans élu Républicain du Kansas au Congrès. Ned a récemment donné à Breitbart.com une interview sur Trump qui éclaire la démarche de celui-ci infiniment mieux que le déferlement d’inepties dont le media nous abreuve depuis des mois. « Je pense, dit-il, qu’il s’est depuis longtemps fait à l’idée que, peu importe l’ampleur de ce qu’il décide, les media le haïront. La Gauche le haïra. Aussi pourquoi ne pas foncer et faire ce qu’il a dit qu’il allait faire ! ». « Nous aurons, poursuit Ryun, un ordre exécutif pour le mur. Un autre pour l’immigration. Un autre pour les pipe-lines. Pour une raison très simple : faire des compromis ne servirait qu’à encourager nos ennemis et décourager nos amis. » Et puis, conclut-il, « il suffit de voir les gens qui l’entourent : les Don McGhan, Pence, Bannon, Kellyanne Conway. Il s’agit sans doute de l’une des administrations les plus conservatrices qu’il y ait eu depuis des générations. »

Le 11 janvier 2017, au cours d’une conférence de presse, Trump prend tout le monde par surprise : « Notre industrie du médicament, déclare-t-il, est un désastre. Nous nous sommes fait avoir de toutes parts. Ils nous fournissent les drogues mais dans une large mesure ne les fabriquent pas ici. Et ce que nous sommes contraints de faire est de créer de nouveaux procédés de fabrication pour l’industrie du médicament parce qu’elle s’en tire à bon compte. Le Big Pharma possède un tas de lobbies, un tas de lobbyists et un énorme pouvoir. » Déjà, pendant les Primaires, à propos des vaccinations d’enfants, il avait protesté : « Les nouveau-nés ne sont pas des chevaux ! », avait-il lancé.

Ce qu’il déclare là est énorme. Aucun de ses prédécesseurs, et surtout pas les Clinton, mais pas plus les Bush, ne se sont jamais attaqués à la puissance des laboratoires pharmaceutiques. Son ancienne adversaire, au-delà de quelques critiques cosmétiques, ayant été littéralement commanditée par Soros et subventionnée par les banques, Wall Street et le Big Pharma : « Il y a, poursuit-il, très peu d’appels d’offres sur les médicaments dont nous sommes les plus gros acheteurs au monde et cependant nous ne participons pas régulièrement aux appels d’offres. Nous allons commencer à le faire. Nous allons économiser des milliards de dollars ». Et de façon toute aussi brutale il fit savoir qu’il entendait détruire le gigantesque monopole de l’industrie pharmaceutique dont on estime que le racket auquel elle se sera livrée aux Etats-Unis au cours des vingt dernières années s’élève à des milliers de milliards de dollars.

EN 2015 LA SANTÉ A COÛTÉ 3.300 MILLIARDS DE DOLLARS À L’ÉTAT AMÉRICAIN

Les chiffres en effet donnent le vertige. Aucun chef d’Etat américain ne pourrait « rendre à l’Amérique sa grandeur » et remettre le train de l’Etat sur son rail s’il ne parvenait d’abord à mater cette puissance supérieure à l’Etat fédéral lui-même : le Big Pharma. Dont beaucoup sont convaincus que le rôle principal est d’abord de crétiniser les esprits et de fragiliser les corps. Mais il s’agit de ne pas être naïf et de mesurer avec lucidité le redoutable adversaire contre lequel il a eu l’audace de se dresser.

Qu’on en juge. Au cours de la seule année 2015, selon un rapport du Centre pour Medicare et Medicaid « la dépense pour les prescriptions de médicaments aura dépassé tous les autres services avec la somme ahurissante de 324,6 milliards de dollars. La Santé en son ensemble aura coûté 3.200 milliards de dollars, soit quelques 10.000 dollars par Américain ». Ce qui représentera bientôt 25 % du PNB américain et est de nature à précipiter le pays dans la banqueroute. En fait Trump n’a aucune chance de sortir l’Amérique du gouffre s’il ne met pas un terme rapide à cette réalité qu’un dollar sur quatre « produit par la totalité de l’économie américaine ira aux sociétés pharmaceutiques, aux centres de traitement contre le cancer, aux hôpitaux, aux médecins et à l’industrie du matériel médical ».

Ce qui donne une toute autre physionomie au projet de nouvelle société exposé au grand dam des esprits forts par celui qui a décidé contre toutes les coalitions irascibles et anachroniques de redonner son âme à l’Amérique. Alors que ses prédécesseurs, les Bush, Clinton et Obama, avaient maintenu l’inflation des coûts, ayant été élus grâce aux milliards de dollars distribués par les monopoles que géraient leurs puissants mécènes. Ce n’est un secret pour personne qu’Hillary Clinton reçut de ces laboratoires des millions de dollars pour ses caisses de campagne — et pour sa propre Fondation — à charge pour elle de maintenir le statut quo au lendemain de l’élection. Au cours de cette élection et de ses Primaires, elle fut de très loin la candidate la plus largement arrosée par le Big Pharma. Tandis que le coût de l’Obamacare explosant —, médicaments, services, assurances —, en moins de deux ans transformait celui-ci en gouffre. En aucun cas la candidate n’entendait remettre en cause l’EPA, l’Agence de Protection Environnementale qui a en charge la Santé. En revanche en y nommant l’ancien avocat général de l’Oklahoma, Scott Pruitt qui, tout au long de sa carrière a combattu la direction de l’EPA, Trump montrait clairement, non seulement qu’il n’entendait pas composer avec la fable du Réchauffement Climatique anthropique, dont Pruitt est un adversaire déclaré, mais que les laboratoires pharmaceutiques allaient décidément cesser de faire les lois comme ils en avaient pris l’habitude depuis des décennies.

Peu de temps après, le président-élu donnait une interview à un des journaux les plus violemment opposés à sa personne, le Washington Post. Sans entrer dans les détails, il y assurait que le plan qu’il allait substituer à l’Obamacare, et qui, avant même d’être connu, suscitait déjà une levée de boucliers aussi bien des Démocrates que de l’Etablissement Républicain resserré autour de son chef parlementaire Paul Ryan, plus que jamais décidé à contrer Trump, « offrirait une couverture à tous les Américains ». Pour y parvenir il laissait cependant entendre qu’il contraindrait les multinationales pharmaceutiques à négocier directement avec le gouvernement le prix des médicaments. « Politiquement ils sont protégés menaça-t-il, et ils échappent à toute sanction. C’est cela qui est en train de se terminer ». Or les media ont peu disserté sur cette information d’autant plus que, aussitôt après, un véritable séisme financier faisait écho aux propos de Trump, repris par le magazine en ligne Fortune.com. Cet avertissement en effet eut pour conséquence la perte sur le marché S&P 500 de quelques 24,6 milliards de dollars par 9 des plus importantes sociétés pharmaceutiques : Johnson & Johnson, Pfizer, Merck, Amgen, Abbvie, Bristol-Myers Squibb, Gilead, Celgene et Ely Lilly. Un sérieux avertissement lancé à cette corporation d’avoir à composer au risque de continuer à subir des coups de boutoirs de la Maison-Blanche encore plus violents s’ils refusent de s’aligner sur le plan que celle-ci s’apprête à dévoiler.

René Blanc

Source : http://www.rivarol.com

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