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Le blog politique de Thomas JOLY

L’élimination des espèces monétaires : idée absurde ou idée perverse ?

17 Janvier 2017, 07:18am

Publié par Thomas Joly

L’idée d’éliminer les pièces et le papier-monnaie et de s’en remettre uniquement à la monnaie électronique est dans l’air du temps. Peut-être parce qu’à une époque marquée par l’impuissance chronique de nos grands argentiers, une mesure spectaculaire et révolutionnaire peut plus facilement être présentée comme une panacée. C’est, d’ailleurs, un peu ce qu’on cherche à faire avec le revenu minimum pour tous, qui n’est jamais qu’une capitulation en rase campagne devant le chômage. Maintenant, si par une construction inversée on envisage l’euthanasie d’abord comme la panacée à toutes les souffrances du corps, alors oui, l’idée est d’une rare efficacité, une sottise à coté de laquelle l’euro – autre sottise – fait figure d’aimable amuse-gueule.

Si une entrée en matière aussi tranchée peut laisser le lecteur sceptique, c’est qu’il est généralement désarmé sur les questions monétaires. Mais pour l’observateur averti, capable de discerner le bon grain d’une loufoquerie, que des personnalités aussi « respectables » que Larry Summers (ex-secrétaire d’État au Trésor de Bill Clinton) ou Kenneth Rogoff (ex-économiste en chef du FMI) puissent être de farouches partisans d’une mesure aussi incompatible avec la démocratie trouve toute sa cohérence dès lors qu’il devine leurs desseins cachés.

L’argument massue en faveur de la dématérialisation totale de l’argent est bien connu.

En éradiquant les espèces, on éradiquerait par la même occasion la fraude, les trafics illicites, bref, le petit et le grand banditisme d’un coup. Le prix à payer : une intrusion dans la vie privée des citoyens que ceux-ci finiraient sans doute par accepter s’ils n’ont rien à cacher. Soit, admettons ! Mais c’est oublier que les espèces ne sont pas uniquement un moyen de paiement, elles sont aussi – et je dirais même surtout – la particule élémentaire d’un patrimoine. Or, je ne vous apprends rien en affirmant que la propriété est un droit inviolable et sacré, un droit fondamental consacré par les deux Déclarations des droits de l’homme, celle de 1789 et celle de 1948, et par le 5e amendement de la Constitution américaine.

À supposer, donc, que ce principe soit toujours respecté, si chacun de nous devenait tributaire d’un compte bancaire – et comment n’en serait-il pas ainsi sans possibilité d’utiliser des espèces -, quelle banque serait capable non seulement de couvrir les dépôts de ses clients d’une garantie automatique et absolue mais aussi de renoncer à prélever des agios ? Aucune, fors une banque d’État ouverte à tous sans restriction qui, si elle existait, en viendrait rapidement à siphonner les dépôts de tout le système bancaire privé, avec des conséquences qu’il est facile d’imaginer.

En outre, si la monnaie devait perdre un de ses principaux attributs – à savoir, donc, la possibilité pour un particulier de la thésauriser -, comment éviter une fuite des capitaux massive et une dévaluation considérable au profit d’une autre monnaie qui aurait conservé sa version en espèces ? Par exemple le franc suisse, si l’euro devrait faire l’objet d’une telle réforme. Enfin, comment croire à l’inviolabilité des systèmes de sécurité alors que les fraudes à la carte de crédit ne se sont jamais aussi bien portées ?

Nationalisation de tout le système bancaire, action simultanée dans tous les pays, garantie absolue contre toute forme de piratage électronique : voilà les trois conditions inaccessibles qu’impose l’élimination des espèces. En revanche, si l’on se fiche éperdument des citoyens et si le but recherché est d’ôter aux déposants toute possibilité de se soustraire, dans le futur, à un prélèvement autoritaire de l’État sur les dépôts pour, par exemple, rembourser une dette publique ingérable, alors oui, tout devient cohérent.

Christophe Servan

Source : http://www.bvoltaire.fr

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