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Le blog politique de Thomas JOLY

Délit d’entrave numérique : le cheval de Troie des restrictions de libertés

4 Décembre 2016, 19:42pm

Publié par Thomas Joly

« Croyons-nous nos arguments si faibles qu’il faille interdire ceux de nos adversaires ? », s’interrogeait Guillaume Erner, journaliste à Charlie Hebdo. Adopté le jeudi 1er décembre à l’Assemblée nationale, la proposition de loi socialiste instituant un délit d’entrave « numérique » (sic) à l’IVG constitue une nouvelle restriction dans l’exercice de nos libertés d’opinion et d’expression.

Sera désormais puni de deux ans de prison et de 30.000 euros d’amende « le fait d’empêcher ou de tenter d’empêcher de pratiquer ou de s’informer sur une interruption de grossesse » par « tout moyen », « y compris en diffusant ou en transmettant par voie électronique ou en ligne, des allégations, indications de nature à induire intentionnellement en erreur, dans un but dissuasif, sur les caractéristiques ou les conséquences médicales d’une interruption volontaire de grossesse ».

Seule la parole d’État sera donc tolérée sur Internet au sujet de l’avortement. Interdiction de penser différemment. Si vous êtes opposé à l’IVG et que vous le faites savoir, vous risquerez la prison. Le délit d’opinion fait son retour dans le pays de la liberté. Une régression majeure qui en appellera probablement d’autres. Big Brother ne supporte pas la contradiction : l’IVG sera son cheval de Troie. Prochainement, les délits d’entrave « numérique » se multiplieront.

Immigration ? Islam ? Perturbateurs endocriniens ? Union européenne ? Réchauffement climatique ? Colonisation ? Bilan du communisme ? Quel sujet sera placé dans la liste des tabous intouchables de la République irénique ?

Cette loi porte atteinte aux droits fondamentaux. Aux États-Unis, une telle chose pousserait des millions de personnes dans les rues. En créant le premier délit d’entrave « numérique », la majorité socialiste montre sa crainte profonde de la liberté d’expression que les nouveaux moyens de communication garantissent et augmentent. N’ayant pas de prise sur Internet, les pouvoirs publics veulent prévenir d’éventuelles contestations.

Pour y parvenir, ils ont fait du sujet de l’IVG leur cheval de Troie. En amalgamant la consultation de sites Internet à ces commandos qui se sont parfois attachés devant les cliniques pour empêcher des femmes d’avoir recours à l’avortement, les députés ont fait preuve d’une grande malhonnêteté intellectuelle. Qui peut pourtant imaginer que des textes d’opinion seraient comparables à des actions physiques ?

À l’Assemblée, Marion Maréchal-Le Pen a rappelé que la loi Veil prévoyait une information, y compris sur les alternatives à l’avortement. Elle a eu raison. Par leur attitude, les parlementaires favorables à ce délit d’entrave « numérique » trahissent l’esprit même de la loi Veil. Avons-nous à ce point perdu le goût du débat d’idées ? En sommes-nous réduits à sombrer dans l’hystérie la plus pure sur chaque sujet un tant soit peu complexe ? La France trahit Voltaire tout en s’y référant quotidiennement…

Gabriel Robin

Source : http://www.bvoltaire.fr

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