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Le blog politique de Thomas JOLY

Les Springboks ou le sanglot rugbystique de l’Homme Blanc

22 Novembre 2016, 06:41am

Publié par Thomas Joly

Si vous aimez le rugby et que vous suivez régulièrement les résultats des différentes compétitions internationales, un fait ne vous aura pas échappé : l’équipe d’Afrique du Sud est en pleine déconfiture. La nation double championne du monde en 1995 et 2007, encore demi-finaliste du dernier mondial, vient d’enregistrer quelques revers retentissants. Une défaite historique face à l’Argentine (qui ne l’avait jamais battue auparavant), une humiliation à domicile face aux grands rivaux All Blacks et enfin une défaite nette et sans bavure face aux Anglais pour commencer les test-matchs de novembre. Trois loupés magistraux qui ne manquent pas d’interpeller quant au niveau affiché actuellement par ceux qui furent longtemps surnommés, les « rugbymen du diable ». Mais surtout trois échecs qui mettent en relief les difficultés et les contradictions dans lesquelles se débat la nation arc-en-ciel.

On le sait, l’Afrique du Sud post-apartheid n’est en rien le paradis tant vanté par les publicitaires et les médias lors de la Coupe du Monde de football en 2010. Pays ultra-violent (Marseille est une cité des plus tranquilles en comparaison des principales villes sud-africaines), soumis à une immigration incontrôlée en provenance des pays voisins, miné par la corruption et le népotisme, l’Afrique du Sud peine en outre à surmonter ses clivages raciaux. Et c’est dans ce contexte de déconfiture totale que les dirigeants du rugby sud-africain soutenus par les élites politiques ont décidé de procéder à « l’africanisation » du secteur professionnel de ce jeu en cette année 2016.

Le terme est quelque peu inexact (les sud-africains blancs se définissent eux-mêmes comme des « afrikaans ») mais renvoie à la volonté de voir la moitié des joueurs de l’équipe nationale être constituée par des joueurs de couleur : en clair des noirs et des métis. Les Springboks qui restaient jusqu’ici la chasse gardée de la population blanche et en particulier des Boers étaient sommés de s’ouvrir à la « Diversité » et d’être un peu plus représentatifs de la composition ethnique du pays. Une décision à priori louable mais qui revient à sacrifier sur l’autel de la bien-pensance la compétitivité du rugby sud-africain au plus haut niveau.

En effet, la majorité des joueurs professionnels sont blancs et ce à tous les étages des différentes compétitions. Les équipes de province du championnat national de la Currie Cup ? Blanches en majorité. Leurs équipes réserves ? Idem. Les équipes du Super Rugby (championnat regroupant les meilleurs équipes australiennes, néo-zélandaises et donc sud-africaines) ? Pareil. Les équipes de jeunes ? Là encore, les meilleurs espoirs sont blancs. Même les meilleurs entraîneurs du pays sont blancs, et la catastrophique décision de nommer Allistair Coetzee (un métis) à la tête de l’équipe nationale vient le confirmer. Si ce dernier est sans doute un personnage sympathique et apprécié des joueurs, il n’a jamais remporté quoi que ce soit alors qu’il a longtemps eu sous ses ordres la meilleure équipe du pays, les Stormers du Cap. Sa nomination est évidemment une décision politique. Johan Erasmus et Johan Ackermann, les autres candidats déclarés et entraîneurs en vogue, peuvent bien aller pleurer le fait d’être trop blancs, trop afrikaners et trop vieille mode, les résultats attendront.

Plus grave encore, cette décision a précipité le départ vers d’autres cieux (en Angleterre et en France principalement mais aussi au Japon, en Australie et en Nouvelle-Zélande) de dizaines de joueurs parmi lesquels figurent de brillants espoirs qui craignent de voir leur horizon en équipe nationale définitivement se boucher. Bien évidemment, d’autres facteurs peuvent jouer comme la perspective de gagner des salaires plus conséquents (notamment en France et au Japon), de fuir l’insécurité permanente ou tout simplement le plaisir de voyager et de découvrir d’autres cultures. De surcroît, on peut penser que la plupart de ces joueurs rentreront au pays une fois leur carrière terminée. Néanmoins, il est intéressant de remarquer que beaucoup de ces joueurs exilés ne rechignent pas à porter le maillot de l’équipe nationale de leur pays d’accueil et aussi à s’y fixer définitivement. Il convient en outre de rappeler qu’ils ne font que suivre en cela l’exemple de leurs congénères blancs qui sont de plus en plus nombreux à quitter leur pays pour s’établir en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Angleterre ou encore aux États-Unis.

Enfin, cette décision semble dépourvue totalement de bon sens dans la mesure où pour tout observateur un tant soit peu avisé, le « noir sud-africain moyen » n’a pas un gabarit très adapté au rugby. Plutôt petit, vif mais manquant d’épaisseur, il est loin d’afficher les gabarits de ses cousins sénégalais, camerounais ou nigérians pour ne citer que ceux-là. Non pas que les représentants de ces peuples soient tous des athlètes hors-normes, mais il est plus facile d’y trouver quinze gaillards capables de pousser en mêlée et de plaquer durement que parmi la population noire sud-africaine. Si vous ne me croyez pas, consultez les sites des différents équipes professionnelles et vous verrez qu’à de rares exceptions, les plus costauds sont les joueurs blancs. Or quand on connaît l’évolution de ce sport ces dernières années, sport qui s’apparente de plus en plus aux jeux du Cirque ou à un concours de marché aux bestiaux, on ne peut qu’arriver à la conclusion que le rugby sud’af risque de vivre une longue traversée du désert…

Pour tous les amoureux de ce jeu, dont je fais malgré tout partie, cette perspective n’est malheureusement en rien réjouissante car « l’africanisation » du rugby sud-africain renvoie à une forme de dépossession imposée aux Afrikaners au nom d’un égalitarisme et d’un antiracisme aveugles. Une dépossession dont nous sommes aussi, indirectement et en tant que white straight males, les victimes. Et c’est donc avec une certaine nostalgie que je regarderai sur Espn Classic ou Youtube les rétrospectives des grands combats du XV des Springboks, à une époque où leur rugby était incarné par de grands fermiers blonds aux yeux bleus bâtis comme des armoires normandes.

Albert le Vème mousquetaire

Source : http://suavelos.eu

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FB adhérent PDF Franche-Comté 25/11/2016 19:44

En 1995 lors de la demi-finale de la coupe du monde, cette nation (qui jouait à domicile) a bénéficié d'un arbitrage très partial ( l'arbitre aurait été acheté, très fortes suspicions) : refus d'un essai valable à la France à la dernière mn qui aurait permis à cette dernière de se qualifier pour la finale!