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Le blog politique de Thomas JOLY

Vraie guerre froide ou guéguerre tiédasse ?

9 Octobre 2016, 08:36am

Publié par Thomas Joly

Cependant que le Premier ministre norvégien, Erna Solberg, s’éclatait au Pokémon lors d’un débat parlementaire (Volkskrant, 5 octobre), deux General Dynamics F-16 de la force aérienne royale norvégienne furent acteurs d’un énième épisode du feuilleton initié au sortir de la Seconde Guerre mondiale par l’URSS et le « monde libre ». « Exercices » grandeur nature, où chacun teste les capacités de réaction de l’autre, et qui se déroulent sans interruption, de l’aube de la guerre froide à nos jours de guerre tiédasse (depuis les chutes « du mur » et « du communisme »).

Il est remarquable que, côté russe, un même bombardier à long rayon d’action, le Tupolev Tu-95 « Bear », équipé de quatre turbo-propulseurs munis chacun de deux hélices contra-rotatives, y participe sans interruption depuis sa mise en service en 1956 : soixante bougies ! Chaque amateur d’aviation digne de ce nom connaît ces prises de vues sur lesquelles figurent tout ce que l’Occident possède d’intercepteurs depuis un demi-siècle, en compagnie de l’un de ces Tu-95 « Bear » pris en flagrant délit de survol d’eaux… internationales ou de bâtiments alliés en manœuvre. « Deux bombardiers russes interceptés par quatre Rafale au large de la Bretagne » (information d’abord rendue publique par le ministère de la Défense) titre, avec force trémolos, Le Figaro du 4 octobre, comme si des Spitfire avaient intercepté deux Heinkel He 111 en route vers Londres au plus chaud de la bataille d’Angleterre.

L’affaire commença précisément au large de la Norvège d’Erna Solberg et son Pokémon, le 22 septembre, pour s’achever du côté de Bilbao le même jour. Deux Tupolev Tu-160 « Blackjack » décidèrent de tester l’OTAN pour une balade contournant l’Irlande par l’ouest, puis l’Angleterre, pris en charge alors par deux Eurofighter Typhoon, et à descendre vers le sud où ils furent pris en charge par quatre Rafale à « une centaine de kilomètres des côtes bretonnes » (dixit Le Figaro), poursuivant ensuite leur balade vers l’Espagne, accompagnés de deux F-18 espagnols, puis effectuant un demi-tour au large de Bilbao.

Renseignements pris auprès de gouv.fr, concernant un « arrêté du 8 juin 2009 portant réglementation de la circulation aérienne militaire, version consolidée au 7 octobre 2016 », il apparaît (chapitre 2 de l’« Application des règles de vol CAM au-dessus de la haute mer ») que : « l’espace maritime comporte deux portions distinctes : la haute mer qui ne relève d’aucune souveraineté nationale et la mer sous souveraineté […] La haute mer s’étend vers le large à partir d’une distance de 12 milles nautiques (22 km environ) des lignes de base du territoire de l’État considéré »

Considérant que cela se produit des centaines de fois depuis des décennies, sans faire la une… Si la vraie guerre froide, (MAD : Mutual Assured Destruction) connut bien quelques brûlots franchement « limite », la guéguerre tiédasse actuelle doit plutôt être replacée dans le contexte syrien, voire ukrainien. Ainsi en Syrie (vraie guerre), à en croire nos médias, les bombardements russes semblent ne cibler qu’hôpitaux et civils (c’est ballot), contrairement aux américains et français, toujours d’une précision militaire exemplaire : normal, les politiques américaines et russes s’opposent dans la région.

C’est dans ce contexte que la France décide de rendre publique « l’interception de deux bombardiers russes au large de la Bretagne », ce qui doit se produire des centaines de fois en temps normal sans que cela perturbe la vie des huîtres à Cancale ou les Pokémon d’Erna Solberg en Norvège. Paraît même que Chirac aurait dit un jour : « Ça m’en touche une sans faire bouger l’autre. » On ignore s’il s’agissait de guerre froide ou de soupe tiède.

Silvio Molenaar

Source : http://www.bvoltaire.fr

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