Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le blog politique de Thomas JOLY

Beschizza-Jallamion : le destin croisé de deux flics

29 Octobre 2016, 09:35am

Publié par Thomas Joly

Tout semble avoir déjà été dit sur le malaise de la police, mais c’est en partageant la vie des hommes que l’on saisit le mieux les situations politiques. Le destin croisé de deux flics (Bruno Beschizza et Sébastien Jallamion) est réel, mais il sonne comme une fable qui en dit bien plus qu’un long discours sur la crise policière et l’état de la République.

Bruno Beschizza est né en 1968 – un signe du destin, peut-être – dans une cité sensible de Montreuil. Grâce à ses indéniables qualités, il poursuit de bonnes études et réussit le concours d’officier de police en 1991. Dès 1993, il est élu représentant du syndicat de police Synergie Officiers, dont il prend la tête en 1998. On le verra, alors, plus fréquemment sur les plateaux de télévision – où il excelle – que sur le terrain, ce qui ne freinera en rien sa promotion : il franchit allègrement les grades de capitaine puis de commandant de police. En 2000, Bruno Beschizza est initié au Grand Orient avant de rejoindre, en 2008, une loge « de droite », la Grande Loge de France. Un bon choix, semble-t-il, puisque, dès 2010, Nicolas Sarkozy et Valérie Pécresse lui permettent d’être élu conseiller régional d’Île-de-France. Cerise sur le gâteau : monsieur Beschizza est nommé « sous-préfet hors cadre », ce qui lui permet de poursuivre sa carrière politique sans compromettre sa carrière de fonctionnaire. Désigné tête de liste pour les municipales de 2014, il emporte la mairie d’Aulnay-sous-Bois et, en 2015, il ajoute à sa casquette de maire celle de conseiller départemental de Seine-Saint-Denis.

Sébastien Jallamion, lui, est un homme de terrain : entré dans la police comme simple flic en 1996, il a notamment servi dans la BAC en Seine-Saint-Denis, dans la police de proximité aux Minguettes, puis au service judiciaire de nuit au sein de l’agglomération lyonnaise. Ses qualités personnelles et les concours internes lui permettent de franchir les grades jusqu’à celui de brigadier-chef. Pourtant, la vie de Sébastien Jallamion a basculé dans l’absurde et le drame au mois de septembre 2014.

Choqué par l’assassinat d’Hervé Gourdel par des djihadistes algériens, notre brigadier-chef publie, sur un compte Facebook anonyme, des photographies dénonçant le terrorisme islamiste. Étranger à tout amalgame, Sébastien Jallamion n’hésite pas à laisser des amis musulmans en destinataire de sa diatribe anti-islamiste. Mal lui en prit, puisqu’une de ses collègues le dénonça à sa hiérarchie et à la justice, lesquelles réagirent avec une extraordinaire célérité et sévérité : au mois d’avril 2015, il est condamné à 5.000 euros d’amende et, le 6 octobre, il est suspendu pour deux ans de la police nationale, sans traitement. On lui reproche, entre autres, d’avoir stigmatisé un imam qu’il présentait avec une cible sur le visage : l’imam en question était Al-Baghdadi, le leader de Daech !

En appel, il écope en plus d’une inscription au casier judiciaire et, de facto, d’une radiation définitive de la police. Dans les écoles de police, le cas Jallamion est désormais enseigné, à titre d’avertissement aux élèves-policiers. Mais ce n’est pas tout. Peu de temps après avoir révélé le nom de ses dénonciateurs, Sébastien Jallamion a été violemment agressé : 5 fractures du visage et 3 dents cassées, et encore, l’agression a été interrompue par l’intervention d’un automobiliste. Curieusement, l’enquête ne débuta que lorsqu’il fut en état d’aller porter lui-même plainte à sa sortie de l’hôpital, ce retard obérant par avance les résultats de l’enquête.

Un officier de police syndicaliste qui court les plateaux télé et les réunions politiques pour finir sous-préfet, maire et conseiller influent des Républicains d’un côté, et un brigadier-chef que sa hiérarchie, aidée du parquet, a assassiné socialement avant que des sauvages ne tentent de l’assassiner physiquement de l’autre : n’y a-t-il pas, là, comme une métaphore de ce qui sépare la base de la police et son sommet, la France des sans-dents et la France des salons feutrés ?

François Falcon

Source : http://www.bvoltaire.fr

Commenter cet article

Coriolan 30/10/2016 12:38

Cette mésaventure a poussé Sébastien JALLAMION à créer l'Association Nationale de Défense Egalitaire de la Liberté d'Expression: ANDELE.ORG.