Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le blog politique de Thomas JOLY

Verbaliser les policiers en service, la nouvelle lubie

16 Septembre 2016, 05:20am

Publié par Thomas Joly

L’information a été révélée par les journalistes de la chaîne i>Télé : une note de service émanant du directeur de cabinet du préfet de police de Paris, Patrice Latron, datée du 3 septembre, donne pour instruction à l’ensemble des chefs de service de faire payer les policiers pour les infractions au Code de la route commises au cours de leurs missions.

Sont concernées les infractions liées à la vitesse, à la signalisation et au stationnement.

Vous l’aurez compris, les usagers qui composent le 17 police secours afin de provoquer l’intervention en urgence d’un équipage de police, dans le cadre de la mission régalienne de l’État qui consiste à assurer la sécurité publique, devront attendre que le véhicule intervenant respecte scrupuleusement la signalisation routière – s’arrêtant aux feux, marquant les stops – et trouve une place de stationnement régulier sous peine, pour le conducteur du véhicule, de voir son salaire grevé du montant des contraventions concernées.

Bien entendu, au-delà de cette hérésie (je vous assure qu’il ne s’agit pas d’un canular), les fonctionnaires concernés pourront faire l’objet de poursuites et de sanctions disciplinaires.

Pour mémoire, l’utilisation des avertisseurs sonores et lumineux par un véhicule de police est prévu pour les cas où cela est nécessaire et urgent. Ainsi, l’urgence d’une intervention doit être appréciée par l’équipage intervenant en fonction de la nature de leur mission, telle qu’elle leur est donnée le plus souvent par radio. Tous les policiers savent qu’il existe souvent un décalage entre le motif donné et ce qui les attend sur les lieux.

Seule leur expérience permet d’anticiper ce phénomène.

L’actualité récente nous a démontré à quel point il était difficile d’apprécier cette urgence, s’agissant du véhicule abandonné devant la cathédrale Notre-Dame de Paris, démuni de plaques d’immatriculation et contenant des bouteille de gaz. Le délai d’intervention des forces de l’ordre avait soulevé la polémique, l’intervention ayant été traitée comme une simple infraction aux règles de stationnement. La note de service de la préfecture de police ne risque pas d’arranger les choses.

Très pédagogue, la hiérarchie policière parisienne a, par le biais de sa porte-parole, justifié l’émission de cette note de service comme faisant partie des responsabilités de l’institution, s’agissant de « sensibiliser [les policiers, NDLR] au risque d’accident notamment ».

Il est vrai que les policiers qui exercent au quotidien sur le terrain ne connaissent pas les risques auxquels ils sont confrontés… À l’évidence vient s’en ajouter un autre : le risque de sanction pénale et disciplinaire dans l’exercice de leurs missions.

La préfecture de police aurait voulu mettre une pression supplémentaire aux fonctionnaires de police, déjà très exposés, qu’elle ne s’y serait pas prise autrement.

Cette note n’est pourtant pas une première (la dernière en la matière date du mois de mai 2016), et n’est pas propre à la police parisienne. Sa divulgation par les médias doit permettre à l’opinion de comprendre la dure réalité du métier de policier aujourd’hui : en première ligne, sur tous les fronts, ils ne peuvent compter sur le soutien de leur hiérarchie, qui n’hésitera pas à les enfoncer « pour l’exemple » à chaque occasion.

Livré à lui-même, ayant perdu toute initiative, le policier français part de chez lui à chacune de ses vacations en ayant une épée de Damoclès au-dessus de la tête, sans savoir s’il rentrera chez lui sain et sauf, mais avec la certitude que si les choses tournent mal, personne ne lui fera de cadeau.

Sébastien Jallamion

Source : http://www.bvoltaire.fr

Commenter cet article