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Le blog politique de Thomas JOLY

Dis-moi ton prénom, je te dirai qui tu es

15 Septembre 2016, 05:21am

Publié par Thomas Joly

Le 6 septembre, sur France 5, Éric Zemmour a affirmé que « donner un prénom qui n’est pas un prénom français à ses enfants, c’est ne pas se détacher de l’islam. C’est vouloir continuer l’identité islamique en France. » Quelques jours plus tard, il a récidivé sur LCI, déclarant que « c’est se détacher de la France ». De quoi faire enrager ceux pour qui appeler un enfant Mohammed ou Emmanuel est indifférent.

Un journal anglais vient de publier une enquête selon laquelle le prénom de Mohammed est le plus populaire à Londres et dans le West Midlands. Sous diverses orthographes : Mohammed, Muhammed, Mohammad ou Mohamed, ce qui explique qu’officiellement, dans les statistiques, il n’arrive pas en tête. Ce succès est expliqué par l’influence de l’immigration, sans que cette affirmation ne provoque un tollé outre-Manche. En France, selon les données trouvées sur Internet, Mohammed est le prénom arabe le plus attribué dans les familles maghrébines. Il aurait connu un pic en 2010 et la tendance serait à la hausse.

La question est de savoir si Éric Zemmour a raison de souligner ce phénomène, ou s’il fait sa publicité sur le dos des musulmans, comme l’en accusent ses détracteurs habituels. Sa position n’est pas nouvelle. Déjà en 2012, il avait soutenu que l’assouplissement de la législation sur les prénoms en 1993 pouvait contrarier le processus d’assimilation. Il avait fait remarquer que le père de Michel Platini, fils d’immigré italien, s’appelait Aldo mais avait donné un prénom bien français à son fils. Signe d’une assimilation réussie.

Les enfants ne sont pas responsables de leur prénom. Dans certaines familles, l’aîné porte le prénom d’un de ses parents ou grands-parents.

Personne ne reprocherait à Rachida Dati d’avoir appelé sa fille, Zohra, en souvenir de sa mère. D’autres familles choisissent le prénom d’une personne qu’elles apprécient. Quand de Gaulle, en 1921, appelle son fils, Philippe, il traduit les bons rapports qu’il entretient alors avec le maréchal Pétain. Aujourd’hui, tous les prénoms sont possibles, même les plus extravagants. Si le choix du prénom apprend quelque chose, c’est surtout sur les parents.

Selon la thèse d’Éric Zemmour, appeler son enfant Mohammed relève d’abord du religieux. C’est, en effet, le prénom du prophète de l’islam. C’est aussi un acte politique, puisque l’islam ne fait pas de distinction entre religion et politique. D’où le problème, bien réel, qu’il soulève et les conclusions qu’il en tire. Notons, cependant, que certains Français de confession musulmane donnent à leurs enfants un prénom ordinaire du calendrier, leur attribuant en second un prénom religieux, ce qui paraît traduire une volonté de s’intégrer.

Il ne s’agit pas de voir dans tout Mohammed un apprenti terroriste, mais de saisir la portée du choix d’un tel prénom. Force est de constater que des convertis à l’islam adoptent souvent un prénom correspondant à leurs nouvelles convictions. De même, dans des quartiers non sensibles ou de petites villes provinciales, le port du voile, partiel ou intégral, prend de l’extension, y compris chez des femmes qui, auparavant, ne le revêtaient pas. Une partie des Français d’origine immigrée ne s’intègrent pas – ne parlons pas d’assimilation –, contrairement aux Italiens, aux Polonais, aux Portugais et bien d’autres. Éric Zemmour tire la sonnette d’alarme : faut-il le lui reprocher ?

Éric Zemmour a le mérite d’inciter à se poser des questions. Va-t-on se boucher les oreilles pour ne pas les entendre, sous peine d’être accusé d’islamophobie ?

Jean-Michel Léost

Source : http://www.bvoltaire.fr

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