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Le blog politique de Thomas JOLY

Avenue Ibn Foch, un jour…

30 Septembre 2016, 05:19am

Publié par Thomas Joly

Ah ! le charme de l’Orient mystérieux, les danseuses aux yeux cernés de khôl virevoltant sur des mélopées envoûtantes, la suave fadeur du loukoum fondant sous une gorgée de thé aux dattes, les vapeurs du narguilé mêlant ses volutes à la fragrance épicée de parfums capiteux, la délicatesse de ces princes et princesses arabes dont le seul souci, semble-t-il, consiste à jeter par les moucharabiehs les dollars que leur sous-sol gorgé d’huile leur apporte en surabondance. Quand on est riche et puissant, on peut se permettre d’être magnanime.

Oui ! Peut-être. Mais pas la fille de Khaled ben Abdelaziz Al Saoud, fils du fondateur Ibn Saoud. Cette donzelle, donc princesse de son état, car fille de feu le roi, très loin des préceptes ultra-rigoristes du wahhabisme prônés par sa dynastie, passe une bonne partie de son temps dans le faramineux appartement que son père lui a laissé, avenue Foch, à Paris, sans souci des comptes des mille et une nuits qu’une telle adresse entraîne. Mais ces crèches, ça s’entretient, et c’est plus compliqué que de raccommoder la tente de bédouin de ses proches ancêtres. Elle ordonne donc des travaux.

L’artisan choisi se frotte les mains : un contrat comme celui-ci ne se trouve pas sous le sabot d’un chameau. Alors le brave petit gars y va. Il commence le boulot puis, lorsqu’il en est à devoir déranger l’ordonnancement des lieux, il fait comme à son habitude : il prend des photos des pièces de manière à tout remettre en place lorsque le chantier sera terminé.

C’est là que les choses se gâtent. Croyant que le bonhomme a dans la tête de monnayer ses clichés auprès de la presse people, la houri-furie siffle son garde du corps. Le balèze déboule, assène au pauvre homme une claque à assommer un bœuf, lui ligote les mains, le fait mettre à genoux et, en guise d’excuses, lui ordonne de baiser les Louboutin de la virago. Refus du manant. Un revolver jaillit de son étui – eh oui, les gorilles des princes étrangers sont autorisés à être armés, ce que le ministère de l’Intérieur refuse aux gardes du corps de personnalités françaises – et vient se vriller sur la tempe de l’artisan, sous les stridences du dragon : « Il faut le tuer, ce chien. Il ne mérite pas de vivre. »

Selon Le Point, qui a raconté cette histoire, le pauvre homme dira à la police que son calvaire a duré quatre heures, quatre heures de coups et d’humiliations, jusqu’à ce qu’un sbire, après avoir photocopié sa carte d’identité, le fiche dehors en lui interdisant « l’accès au 16e arrondissement à jamais », comme quoi il n’est même plus besoin d’être français pour se comporter en maître dans notre beau pays.

Le dépôt de plainte finira à la poubelle, comme tant d’autres, tantôt pour cause d’immunité diplomatique, tantôt parce qu’il n’est pas correct de fâcher la famille royale d’Arabie saoudite. L’argent n’a pas d’odeur, pas même celle du sang de ce brave homme. Pas même celle de l’honneur. Imaginons, pour rire ( !), les vociférations de la bien-pensance si un riche Français avait tabassé le petit Mohamed !

Yannik Chauvin

Source : http://www.bvoltaire.fr

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