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Le blog politique de Thomas JOLY

Crise du lait : des producteurs étouffés

29 Août 2016, 05:40am

Publié par Thomas Joly

Partout dans le monde, le secteur laitier est confronté à une crise d’une ampleur inédite. Aux États-Unis, les revenus des producteurs laitiers ont chuté de plus de 35 % selon le département américain de l’Agriculture. En cause, les effets conjugués d’une diminution générale de la consommation de produits laitiers dans le monde occidental et des exportations au point mort. Par voie de conséquence, les prix du lait ont chuté vertigineusement.

En France, cette crise prend une tournure spécifique, opposant nos paysans au géant Lactalis. Le groupe Lactalis paye le prix du lait le plus bas de toutes les laiteries françaises, alors que le groupe est numéro un mondial dans le secteur des produits laitiers et principale centrale d’achat européenne. L’État est impuissant, comme l’a confirmé Stéphane Le Foll, déclarant : « Est-ce que je peux mettre la pression sur un acteur industriel ? Je ne peux pas. Je ne peux pas négocier les prix à la place des acteurs économiques, ou alors il faut dire qu’on est dans une situation où les prix sont décidés par le ministre. » Il rajoutait peu après que son seul levier d’action était d’inciter à ce que « les gens négocient ». Triste et lucide constat d’échec, d’impuissance d’un ministre dont les fonctions sont essentiellement tributaires de Bruxelles et du « marché ».

Le 5 janvier 2015, le prix des mille litres de lait était aux alentours de 400 euros. Ces mille litres se négocient désormais autour des 250 euros. Nos agriculteurs sont tenus à la gorge, condamnés à la faillite. Représentés par l’industriel Xavier Beulin, actuel président de la FNSEA (principal syndicat du secteur), les producteurs de lait échouent à négocier avec le groupe Lactalis, suffisamment puissant pour s’enferrer dans le mutisme. Malheureusement, nos producteurs laitiers sont cocus, baladés par la FNSEA, abandonnés par le gouvernement et méprisés par la Commission de Bruxelles qui se moque éperdument de leur sort.

Le lait est un nouveau pan de notre agriculture à être détruit après les producteurs de porc, les petits viticulteurs, les éleveurs ovins ou les pépiniéristes… Les céréaliers surnagent, mais jusqu’à quand ? Nous assistons en direct à la mort de l’agriculture française placée sous tutelle de la grande distribution et des gros industriels, eux-mêmes tributaires de Goldman Sachs. Un autre fleuron de notre économie est étranglé par une mondialisation prédatrice.

De son côté, Lactalis en génère de substantiels profits. Si la pudeur invitait récemment son patron, Michel Nalet, à ne pas souhaiter révéler les marges réalisées par le groupe, déclarant vouloir « rester discret sur ses résultats », Marianne nous informait que Lactalis réalise un bénéfice de 1,18 milliard d’euros sur un chiffre d’affaires de 17 milliards. Tout à fait prodigieux… Nous ne pourrons pas relancer une agriculture française compétitive et qualitative sans prendre en compte les changements de paradigmes. Le secteur laitier français est différent des autres secteurs laitiers en Europe, car nous valorisons le lait en le transformant avec des produits qui ont plus de valeur ajoutée. En tout état de cause, il faut soutenir les producteurs. Et, pourquoi pas, suivre leurs consignes de boycott.

Gabriel Robin

Source : http://www.bvoltaire.fr

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