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Le blog politique de Thomas JOLY

Des « eurocritiques » appellent à continuer l’UE socialiste soviétique

2 Juillet 2016, 09:06am

Publié par Thomas Joly

« Vingt intellectuels eurocritiques lancent un appel pour un nouveau traité », titre Le Figaro (30 juin), publiant un texte signé par des personnalités aussi diverses que Natacha Polony, Éric Conan (de l’hebdomadaire Marianne), Jacques Sapir (le sherpa économiste de Marine Le Pen), Christophe Guilluy (inventeur du concept de la « France périphérique »), Jean-Pierre Chevènement (paléo-souverainiste socialiste), Michel Onfray (chantre du paganisme libertaire) ou Paul Jorion (ethnologue disséquant le capitalisme financier).

Le point commun des membres composant cet illustre aréopage ? Tous classés à gauche. Ce n’est pas un problème en soi, sauf à ce que cette singularité obère d’emblée leur crédibilité, s’agissant de la question européenne et, plus particulièrement, de la refondation de l’Union européenne qu’ils appellent de leurs vœux. En l’occurrence, peut-on leur faire grief d’un indécrottable utopisme les conduisant, paradoxalement, à ne jamais s’affranchir de leur propre imaginaire. Aussi en pincent-ils inlassablement pour un européisme bon teint, avatar assagi de leur internationalisme gauchiste de jeunesse.

C’est ainsi que, souhaitant « réorienter la construction européenne, en articulant la démocratie qui vit dans les nations avec une démocratie européenne qui reste à construire », nos intellocrates demandent « la réunion d’une conférence européenne sur le modèle de la conférence de Messine de 1955 qui, après l’échec de la Communauté européenne de défense (CED), a permis de remettre la construction européenne sur les rails et a préparé efficacement le traité de Rome. Cette conférence se réunirait à vingt-sept, avec un statut spécial d’observateur pour la Grande-Bretagne. »

Et de suggérer « une renégociation des traités qui s’articulerait autour de trois priorités : la souveraineté, la prospérité et l’indépendance stratégique ». En substance, la souveraineté consisterait à remédier aux carences démocratiques au sein des institutions (Conseil, Commission, Parlement, Cour de justice, BCE) tout en faisant « procéder [le Parlement européen] des Parlements nationaux pour que les compétences déléguées puissent être démocratiquement contrôlées ». Côté prospérité, il s’agirait d’en finir avec le « paradigme néolibéral » et lui substituer une vague « définition de politiques industrielles » assortie d’un moins flou « cadrage social ». Enfin, l’indépendance stratégique se réduit pathétiquement à l’invocation incantatoire des mânes du gaullisme et au renouement d’« un dialogue avec la Russie » (ce qui témoigne d’une méconnaissance effarante de la géopolitique russe oscillant entre hégémonie et impérialisme).

Bref, selon le mot mille fois répété de Lampedusa, « tout changer pour que rien ne change ». Il est symptomatique que nos souverainistes de salon, aveuglés par la « mystique démocratique » – selon l’expression de Louis Rougier –, s’échinent à encaserner les identités charnelles de nos vieilles nations, tout comme la chanson de geste historico-culturelle de l’Europe, dans les angles morts du rétroviseur de leur réformisme irénique.

Un énième traité ne servira donc strictement à rien et renforcera même le désenchantement des peuples à l’égard de l’Europe. Le Risorgimento doit venir d’un renversement total de perspective. Il faut achever de détruire le Babel bruxellois et admettre définitivement que l’Europe soit avant tout une association libre de nations souveraines, scrupuleusement respectueuse des identités nationales.

En d’autres termes, la nouvelle Europe doit être confédérale et non une UESS (Union européenne socialiste soviétique) prolongée.

Aristide Leucate

Source : http://www.bvoltaire.fr

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