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Le blog politique de Thomas JOLY

Tuerie d’Orlando : Omar Mateen, homosexuel refoulé ?

15 Juin 2016, 05:10am

Publié par Thomas Joly

Servitudes de la presse quotidienne et surtout celles de ces journaux tournant en boucle. D’où cet inévitable manque de recul, doublé des marottes de chacun : le tueur est forcément d’extrême droite, l’assassin ne peut être qu’islamiste, et appartient à de puissants réseaux : ordre noir ou péril vert.

À ce titre, le cas d’Omar Mateen, ayant massacré une cinquantaine de personnes et en ayant blessé autant dans une boîte de nuit homosexuelle d’Orlando (le Pulse, en Floride), est doublement emblématique. Ce crime de masse, tel qu’il s’en commet régulièrement aux USA pour les motifs les plus divers, est évidemment à mettre sur le compte de l’islamisme de combat – l’homme, quoique américain, est de souche afghane et de confession musulmane -, mais également sur celui de l’homophobie, vu la nature de la cible. CQFD.

La preuve que l’État islamique entendait à nouveau porter le fer dans la puissante Amérique ? Bien sûr que oui, le meurtrier ayant annoncé son allégeance à cette organisation avant de commettre son forfait, et cette dernière de revendiquer ensuite celui-là. De fait, cela ne prouve pas grand-chose. Omar Mateen aurait-il seulement voulu donner plus de retentissement médiatique à ses méfaits ? Probable… Autrement, cela n’aurait été qu’un sanglant fait divers, alors que là, même de manière posthume, l’assassin pourra se targuer d’avoir influé sur l’élection présidentielle à venir. La revendication de l’État islamique ? À leur place, tout le monde aurait fait pareil : de la publicité mondiale à moindre coût, c’est toujours bon à prendre.

Pourtant, que tel ou tel revendique un attentat ne signifie pas forcément qu’il l’ait dûment commandité ; cela peut aussi s’appeler le principe d’opportunité. D’ailleurs, les dirigeants de l’État islamique sont tout, hormis fous. À leur manière, ils soignent leur image de marque, à en juger de la qualité tout hollywoodienne de leurs vidéos de propagande, de leur presse et, surtout, de l’intelligente stratégie leur permettant de mener à bien leur guerre asymétrique : ce n’est pas pour rien que leur état-major est composé d’anciens officiers supérieurs baasistes de l’ex-armée irakienne, le moteur religieux n’étant ici que prétexte à un combat autrement plus politique.

Après les attentats du Bataclan et des terrasses de café parisiennes, il avait ainsi « fuité » que ce même état-major, même si se félicitant publiquement de ces tueries, les déplorait en privé ; pas par compassion, il va de soi, mais en termes d’image de marque, toujours.

En ce délicat domaine, la plus élémentaire des prudences devrait donc être de mise. Surtout lorsque l’on apprend qu’en matière « d’islamiste homophobe », Omar Mateen était un drôle de lascar. Décrit comme « instable, violent et modérément musulman » par son épouse, Sitora Yusufiy, information confirmée par l’imam local, il n’avait rien non plus d’un hétérosexuel militant. De son côté, le journal Orlando Sentinel révèle : « Quatre clients du Pulse ont confirmé avoir vu plusieurs fois Omar Mateen en cet endroit… » Pour des repérages ? Pas forcément, à en croire l’un des survivants, Ty Smith : « Parfois, il allait dans un coin pour s’asseoir et boire tout seul, d’autres fois, il était ivre, et il devenait bruyant et excessif. » Kevin West, autre habitué du Pulse, confie au Los Angeles Times que le meurtrier lui « avait envoyé plusieurs messages via l’application de rencontres gay, Jack’d », tandis qu’un autre, Cord Cedeno, affirme que « le tueur lui avait envoyé des messages sur l’application Grindr ».

Voilà donc un drôle de paroissien. Interrogé par le Palm Beach Post, un de ses anciens camarades de l’académie de police assure « qu’il pensait que Mateen état gay et qu’il était plusieurs fois sorti dans des bars gay avec lui ». Mystère donc, même si tout cela est évidemment à écrire au conditionnel. Il n’empêche qu’interrogée par CNN sur la question de savoir si son mari était homosexuel ou pas, sa veuve Sitora Yusufiy « attend trois secondes avant de répondre : je ne sais pas… »

Une fois de plus, certains de nos confrères ne se seraient-ils pas un brin emballés, préférant dire à leurs lecteurs ce que ces derniers avaient envie d’entendre plutôt que de creuser plus loin l’affaire ? Depuis la funeste histoire de la profanation du cimetière de Carpentras, ce ne serait pas la première fois.

Nicolas Gauthier

Source : http://www.bvoltaire.fr

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