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Le blog politique de Thomas JOLY

See EU later, Mr Cameron !

25 Juin 2016, 07:56am

Publié par Thomas Joly

Alors même que l’ancien édile londonien Boris Johnson et 84 députés eurosceptiques avaient incité, jeudi soir, au maintien de David Cameron à Downing Street quelle que soit l’issue du référendum sur le maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne, ce dernier, quelques heures après que les résultats étaient officialisés, déclarait son intention de démissionner de ses fonctions de Premier ministre.

Certes, vu de notre fenêtre, de ce côté-ci de la Manche soulignera-t-on, à l’envi, que ce geste politique traduit, d’une certaine façon, une certaine conception de l’honneur politique britannique. Mais, ajoutera-t-on, également, cette décision du Premier ministre était impliquée par la dimension personnelle, sinon plébiscitaire du référendum (dont il avait appendu la promesse à sa réélection aux élections générales de 2015).

À Paris, on n’a plus vu cela depuis le général de Gaulle. Seule la décision de Lionel Jospin de se retirer de la vie politique au soir du premier tour de l’élection présidentielle, le 21 avril 2002, pourrait, en dernière extrémité, souffrir la comparaison – qui n’est pas totalement raison, en l’occurrence – avec le panache de son illustre prédécesseur.

Pour autant, le résultat final, somme toute, sans ambiguïté mais nullement écrasant (51,9 % en faveur du « Brexit », 48,1 % opposé au « Leave »), démontre que les votants ont parfaitement su dissocier la personne – et, a fortiori, la politique, notamment intérieure, du Premier ministre – de l’enjeu spécifiquement européen du Royaume-Uni.

Pour preuve avancera-t-on que, d’une part, David Cameron ne s’est jamais singularisé par un discours ou des prises de position fanatiquement pro-européennes (d’aucuns le qualifient même d’« eurosceptique pragmatique »). En 2015, il avertissait : « La question n’est pas de savoir si nous pouvons survivre hors de l’Europe. Bien sûr que nous le pouvons […]. Si [l’UE] est suffisamment flexible, nous resterons, si elle ne l’est pas, nous devrons nous poser une question très sérieuse. Est-elle pour nous ? »

D’autre part, le Royaume-Uni a constamment manifesté une réserve prudente à l’égard des institutions et des traités bruxellois. On se souviendra, en effet, qu’en dépit de son adhésion en 1973 à ce qui s’appelait alors la Communauté économique européenne, Londres, dès 1979 et le fameux et tonitruant « I want my money back » de la Dame de fer – qui se concrétisera, en 1984, par une réduction de sa contribution au budget européen –, s’opposera aux principales étapes susceptibles de resserrer toujours plus le licol européiste autour du cou d’Albion.

Il en ira, ainsi, en 1985, du rejet des accords de Schengen et, en 1999, de son refus d’entrer dans la zone « euro ». Toutes options majeures et décisives qui apparaissent aujourd’hui d’autant plus sensées qu’elles allègent considérablement le fardeau politique et psychologique d’un processus d’intégration européenne que les traités et tout le maillage de règles juridiques complexes qui l’accompagnent ont tenté de rendre irréversible.

De ce fait, paradoxalement, Cameron s’en sort plutôt bien. Non seulement il a tenu sa promesse – ce dont, a minima, le peuple lui saura gré, en ces temps funestes de confiscation oligarchique de la vox populi –, mais encore sauve-t-il politiquement la face en appelant explicitement son successeur à « prendre la direction » (sic) choisie par le peuple.

Bref, courage et lucidité. Il ne reste plus, comme le titrait The Sun, à dire « See EU later », Mr Cameron! »

Aristide Leucate

Source : http://www.bvoltaire.fr

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