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Le blog politique de Thomas JOLY

Féminisme à géométrie variable : la preuve par Public Sénat…

28 Juin 2016, 05:33am

Publié par Thomas Joly

« Les femmes sont plus proches les unes des autres qu’un homme ne l’est d’un autre homme », disait, en 1975, Benoîte Groult, grande figure féministe française qui vient de rendre l’âme. Ça dépend lesquelles. Et le féminisme meurt aujourd’hui de cette — inique — réserve-là.

Renaud Muselier était invité le 23 juin sur la chaîne Public Sénat. De l’émission, la chaîne a mis en avant un petit extrait. Elle l’a titré « Renaud Muselier se lance dans une imitation des minauderies de Marion Maréchal-Le Pen ».

Public Sénat a attendu, attendu, attendu… le formidable « bad buzz » qui devait s’abattre. C’était tellement énorme, Cécile Duflot et sa robe fleurie à l’Assemblée pourrait aller se rhabiller. Public Sénat a fait les cent pas. Consulté sa montre. C’était un peu longuet, tout ça. Penses-tu. Le buzz n’est jamais venu.

Public Sénat doit être dépitée. Et bien étonnée.

Sur sa vidéo, Renaud Muselier fait un mouvement grotesque de la tête et de la main pour faire mine de rejeter sa chevelure en arrière : « Je minaude et je suis toujours absente. » La saynète finie, il rajoute : « Elle est sympathique, elle est jolie mais elle sert à rien. »

L’un des journalistes trouve l’imitation si drôle qu’il lui demande de recommencer. Renaud Muselier s’exécute bien volontiers (Voir la vidéo).

Bien sûr, le petit sketch de Muselier n’est, en soi, pas très grave. Et après tout, on pourrait convenir que tous les coups sont permis, même les plus bas : tourner en dérision la chevelure de Marion Maréchal-Le Pen comme le crâne d’œuf d’Alain Juppé – pas sûr que ces vannes capillaires apportent grand-chose au débat, mais pourquoi pas. À condition que tout le monde soit logé à la même enseigne. Et que l’humour lourdingue façon Laurent Gerra éclabousse aussi d’autres donzelles que celle-là.

Imaginons un instant qu’à la place de Renaud Muselier il y ait eu Nicolas Sarkozy, et à celle de Marion Maréchal Ségolène Royal — qui doit bien, de temps en temps, remettre ses cheveux en arrière, attendu qu’elle n’a, elle non plus, on l’en excusera, c’est l’époque qui veut ça, ni le chignon serré de Marie-France Garaud ni le brushing figé de Margaret Thatcher. Supposons qu’il ait singé ses petites manières, puis qu’il l’ait accusée de faire sa mijaurée, et même de n’avoir d’autre utilité que celle d’être décorative…

On imagine le tollé, le scandale, la bombe atomique. Déchaînement sans précédent dans les officines féministes. Aboiements déchirants chez les Chiennes de garde. Chacune des ministres se serait fendue d’un communiqué, d’une déclaration. Pour avoir simplement qualifié de « très jolie femme » Najat Vallaud-Belkacem, sans autre commentaire péjoratif, Jean-Pierre Elkabbach s’est attiré les foudres d’Aurélie Filippetti, ministre alors en exercice, qui l’a accusé publiquement de « machisme ».

« Oser le féminisme » serait oser défendre les femmes quelles qu’elles soient, même si elles défrisent Caroline De Haas et ses amies, même si elles ne leur reviennent pas, même si elles les trouvent franchement antipathiques. Même si le parti auquel elles appartiennent est aux antipodes du leur. Même si ce qu’elles racontent les débecte. Même si elles s’appellent Marion Maréchal, Christine Boutin, Frigide Barjot, pour ne citer que celles-là. Simplement parce qu’elles sont femmes.

Pour être osé, ce serait vraiment osé. Ça aurait même de la gueule, et du panache. Ça serait honnête et courageux. On dirait « chapeau bas ». Mais ce n’est pas le cas.

Et faute d’oser vraiment le féminisme, elles ont « losé » le féminisme. À force de collusion politique et de parti pris idéologique.

Gabrielle Cluzel

Source : http://www.bvoltaire.fr

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