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Le blog politique de Thomas JOLY

Avec Emmanuel Macron, pas d’omelette sans casser des œufs !

8 Juin 2016, 05:09am

Publié par Thomas Joly

En visite à Montreuil, municipalité communiste où se trouve le siège de la CGT, Emmanuel Macron a été accueilli par une manifestation à laquelle il devait s’attendre. Alors qu’il s’apprêtait à dévoiler un timbre commémoratif des 80 ans du Front populaire, le ministre de l’Économie a reçu des œufs sur la tête, lancés par des manifestants de la CGT et du PCF, qui avaient déployé une banderole « Plutôt en grève qu’en costard » et qui scandaient « Ni chair à patron ni chair à matraque. Retrait, retrait de la loi Travail ».

Vexé – on le serait à moins, au prix du pressing et des costards qu’il porte —, le ministre a déclaré « Je ne parle pas d’un texte de loi avec des œufs et des coups de bâton », « ils n’écoutent rien, ils invectivent » et dénoncé des « comportements inacceptables ». Le brillant banquier est-il à ce point naïf pour méconnaître à la fois la provocation d’une visite dans un bastion communiste – pour célébrer le Front populaire, de surcroît ! — et les pratiques habituelles de l’extrême gauche ? Ou n’est-il jamais sorti des quartiers où il a pris ses habitudes, ce qui, somme toute, est assez probable ? La fracture entre le peuple et les « élites » n’est pas seulement un slogan de campagne électorale.

Le phénomène n’est pas nouveau. On se souvient de Guy Mollet, président du Conseil — socialiste, déjà ! — accueilli en 1956 à Alger à coups de tomates. Personne n’aurait osé faire cela au général de Gaulle. Mitterrand, en son temps, était parfois accueilli par de délicates invectives. Mais, depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, et plus encore sous son successeur, les huées et les insultes sont monnaie courante lors des apparitions officielles du chef de l’État ou des membres du gouvernement. Le phénomène est sans doute révélateur d’une nouvelle manière de considérer les politiques.

Certes, la colère populaire s’est toujours exprimée. Elle a ses vertus, quoi qu’on pense des individus qui l’expriment. Elle permet, à tout le moins, de libérer des émotions qu’il vaut mieux traduire par des mots que par des émeutes. Mais, dans notre monarchie républicaine, le chef de l’État représente plus que le premier fonctionnaire de la nation. Il est, d’une certaine manière (et souvent la pire), l’héritier des rois de France, qu’on respectait même lorsqu’ils étaient de piètres souverains. Ce respect n’est plus d’actualité. Il l’est encore moins pour les ministres, considérés comme des personnes « normales », qu’on peut interpeller librement et sans aucune retenue.

Les hommes politiques sont pleinement responsables de cet état de fait. Ils ont oublié que le respect impose la distance. En voulant « faire peuple », alors qu’ils n’ont jamais été autant coupés de la réalité quotidienne des Français, ils ont cultivé le paradoxe qui détruit leur image : toujours prêts à se rendre sur n’importe quel plateau de télévision pour participer à des émissions au niveau intellectuel affligeant, incapables de résister au plaisir d’être caricaturés en direct par des humoristes, ils ont aboli la barrière qui sépare le gouvernant du gouverné. Ajoutez à cela la provocation d’un grand bourgeois, riche à millions, élégant et distingué, qui vient célébrer un Front populaire dont toute la culture lui est étrangère ; il ne faut pas s’étonner d’une colère instinctive et de ses conséquences.

Lorsque l’ancien notable de province comprenait parfaitement les préoccupations de ses administrés et partageait, à l’occasion, la goutte avec eux, nos modernes dirigeants vivent dans un monde hors-sol. Ils ne le comprennent pas. Le réveil est nécessairement rude !

François Teutsch

Source : http://www.bvoltaire.fr

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