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Le blog politique de Thomas JOLY

Attentat à l’aéroport d’Istanbul : Erdoğan a joué avec le feu et s’est brûlé…

30 Juin 2016, 06:08am

Publié par Thomas Joly

L’attentat perpétré hier à l’aéroport est le cinquième qui endeuille la Turquie depuis le début de l’année. La fameuse « alliance » entre la Turquie et Daech a apparemment du plomb dans l’aile.

Bien que personne n’ait revendiqué ce massacre, tout porte à désigner Daech. Le PKK n’aurait eu aucun intérêt à frapper une ville cosmopolite comme Istanbul ; il ne gagnerait rien à attaquer des touristes au moment même où les Occidentaux voient les Kurdes comme de potentiels alliés contre l’État islamique.

Le double jeu de la Turquie s’est retourné contre elle, dira-t-on cyniquement. Car, s’il est faux de prétendre qu’Erdoğan était l’allié de Daech, il a bel et bien fermé les yeux sur les agissements de la nébuleuse terroriste, allant jusqu’à leur acheter du pétrole, comme en témoignent des images prises par un satellite russe en 2015.

Aux prises avec les rebelles kurdes depuis plus de trois décennies, l’État turc a vu dans le conflit syro-irakien le moyen de porter un coup décisif à ces derniers en fermant les yeux sur les atrocités commises à leur encontre par Daech. Que dis-je ? Il n’a pas seulement fermé les yeux, il a lui-même lancé de grandes offensives armées dès octobre 2014, notamment en bombardant des villages kurdes. Notons que ces raids continuent jusqu’à l’heure actuelle. Les rebelles kurdes se trouvent donc pris entre deux feux : le régime du président Erdoğan les attaque au nord, tandis qu’au sud ils ont affaire à Daech.

N’y voyons pas une « alliance » formelle ou informelle entre Turcs et djihadistes, tout au plus une concordance d’intérêts dictée par la raison d’État. L’ennemi de mon ennemi…

Mais Daech s’avérant plus dangereux que prévu, le président turc a récemment changé d’attitude face au groupe terroriste, allant jusqu’à rejoindre la coalition internationale chargée de mener des bombardements sur les positions de l’État islamique.

Décision sans doute motivée par la pression accrue des puissances occidentales face à une Turquie de plus en plus isolée, aussi bien politiquement que sur le plan économique. On ne peut être à la fois membre de l’OTAN et neutre face à la barbarie islamiste, vouloir rejoindre l’Europe et acheter du pétrole à des terroristes désireux de la détruire. Le président Erdoğan semble le réaliser à présent ; son souhait de se réconcilier avec la Russie en est révélateur… Il faut dire que l’économie turque avait fortement pâti des sanctions prises par Poutine en novembre 2015.

Au lendemain de l’attentat sanglant qui a secoué son pays, le chef de l’État turc appelle à une « lutte commune » contre l’islamisme. C’est avec diligence et habileté que le successeur de Soliman le Magnifique prépare son retour en grâce parmi le concert des nations. Cet appel de bon sens lancé à l’Occident et aux Russes ne pourra être entendu que si M. Erdoğan cesse son double jeu et ses stratagèmes douteux. On ne badine pas avec la barbarie.

Nicolas Kirkitadze

Source : http://www.bvoltaire.fr

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