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Le blog politique de Thomas JOLY

Ken Loach : entre caviar et champagne, Palme d’or de la gauche morale

25 Mai 2016, 05:12am

Publié par Thomas Joly

Si ça n’était aussi obscène, on en rirait…


Cannes, sa Croisette, ses yachts ventrus qui flottent sur une mer de champagne, ses stars parées comme des sapins de Noël, ses soirées Canal-défonce (265 millions d’euros dépensés par Canal+ le temps du Festival 2015), ses palaces avec suites à 17.000 euros la nuit… et ses réalisateurs qui raflent chaque année la mise sur la misère sociale.

Le Festival de Cannes, paraît-il, est « le plus grand festival de cinéma du monde ». Le plus hypocrite, aussi, le plus racoleur, la véritable « exception culturelle » à la française. Un monument d’hypocrisie friquée comme sans doute seul notre pays, en effet, est capable d’en produire.

Cette année encore, on a couronné un film « social ». Parce qu’il est entendu que le Français moyen qui crache son fric dans les salles (10 € la place à Paris) doit mettre son derrière dans un fauteuil pour y prendre une bonne leçon. De la misère sociale, il en bouffe toute la semaine, alors pas question de le distraire avec autre chose. Et puis, la « distraction », quel mot vulgaire ! Chez nous, on pense, Monsieur ! On moralise, on dénonce, on distribue de la conscience, et de la bonne. D’ailleurs, le jury cannois, c’est un peu l’Armée du salut : un organisme de bienfaisance qui trouve chaque année un trisomique, une tourneuse-fraiseuse, un immigré ou un chômeur de longue durée à récompenser entre deux stars hollywoodiennes : « Ah, cher ami, cette spontanéité ! » Pensez, crevards toute l’année, ils le sont encore à l’écran !

On vient donc d’offrir la Palme d’or 2016 à Ken Loach pour Moi, Daniel Blake. C’est du lourd : un sexagénaire malade du cœur contraint de travailler par l’État capitaliste et qui rencontre une mère célibataire avec deux gosses, laquelle ne va pas tarder à se retrouver « en situation de sans-abrisme », comme dit Mme Cosse. L’an dernier c’était Dheepan, un film sur des réfugiés sri lankais… Parfois, on change un peu de braquet. On promeut la partouze saphique d’un cinéaste tunisien ou bien on suit pendant 4 mois, 3 semaines et 2 jours les tentatives d’avortement d’une étudiante roumaine. On comprend qu’après s’être tapé de pareilles purges, les festivaliers passent leurs soirées à se défoncer…

Ken Loach est un homme de grand talent, on ne saurait le lui dénier, mais c’est aussi un tartuffe hors pair. Le champion toutes catégories du « craché dans la soupe », le petit soldat de « la nécessaire lutte contre le capitalisme »» qui le nourrit et banque ses films.

Loin de refuser les honneurs, il y a trouvé l’occasion de débiter son petit discours altermondialiste avant d’aller se torcher au champagne.

« Recevoir la Palme, c’est quelque chose d’un peu curieux car il faut se rappeler que les personnages qui ont inspiré ce film sont les pauvres de la cinquième puissance mondiale qu’est l’Angleterre », a dit l’oracle. « Mais ce monde se trouve dans une situation dangereuse. Nous sommes au bord d’un projet d’austérité, qui est conduit par des idées que nous appelons néo-libérales qui risquent de nous mener à la catastrophe. […] Nous approchons de périodes de désespoir, dont l’extrême droite peut profiter. Certains d’entre nous sont assez âgés pour se rappeler ce que ça a pu donner. Donc, nous devons dire qu’autre chose est possible. Un autre monde est possible et nécessaire. »

C’est vrai, ça, bien dit. On rêve d’un autre monde, en effet, d’où seraient sortis à coups de pied au cul les profiteurs et les menteurs, ces vieux curés de la gauche morale qui sortent leur mouchoir entre deux louches de caviar pour mieux s’ériger en parangons de vertu.

C’est Challenges qui l’écrit : « Le Festival de Cannes renoue avec sa conscience de gauche, enfin ! » Et cet affreux journal capitaliste honni par tout ce beau monde de s’en réjouir. Sincèrement. 
Après cela, il n’y a plus qu’à tirer l’échelle…

Marie Delarue

Source : http://www.bvoltaire.fr

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