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Le blog politique de Thomas JOLY

Au secours, Macron veut kidnapper Jeanne d’Arc !

26 Avril 2016, 05:17am

Publié par Thomas Joly

Le 8 mai prochain, c’est Emmanuel Macron qui présidera à Orléans les fêtes johanniques. Il y a été invité par le maire LR de la ville, selon lequel Macron incarne « le changement de génération dans les affaires politiques ». La presse souligne que, depuis dix ans, aucun ministre en exercice n’y avait joué ce rôle.

Sollicité, le cabinet d’Emmanuel Macron répond à son tour : « Si Emmanuel Macron est convié à cette fête, c’est pour redonner du sens à notre histoire. Il ne faut pas laisser Jeanne d’Arc au Front national. Il pourra, lors de ces fêtes, s’exprimer sur notre histoire et ses racines. »

Emmanuel Macron est comme ça. Il ne recule devant rien. « Dieu avec nous », signifie déjà son prénom ambitieux. Mais cela ne lui suffit pas, il veut encore la pucelle d’Orléans. Peut-être parce qu’il entend aussi des voix. Se sent appelé à un grand destin national. Parce que surtout, plus finaud que ses comparses, il réfléchit. C’est sans doute à cette qualité-là que le maire d’Orléans fait allusion quand il parle de « changement de génération ». Si les imprécations, les excommunications, les gousses d’ail et les exorcismes en rafale ne suffisent pas à chasser le Front national du grand corps malade qu’est la France, c’est que ce parti possède un philtre, une potion, une formule magique. Qu’il suffit de lui piquer, n’est-ce pas ? Et qui a nom « Jeanne d’Arc ».

Souhaitons d’emblée beaucoup de courage au Patrick Buisson, au Camille Pascal version socialiste qui va suer sang et eau pour écrire le discours. J’exprime à titre personnel toute ma compassion à celui que j’imagine déjà insomniaque, hirsute, faisant les cent pas en pantoufles autour de son ordinateur, hanté par la page blanche.

Car si réenchanter le discours de l’UMP n’était pas une sinécure, faire du roman national avec le substrat du PS est une gageure.

On peut évidemment délayer deux minutes, en articulant très lentement, sur le féminisme de Jeanne (qui a pris la tête d’une armée), voire sur son côté « gender » avant-gardiste (confer ses vêtements virils), mais pour le vivre ensemble, on repassera, eu égard à l’aménité toute relative de son accueil pour les Anglais. Pour la laïcité, le « Je suis Charlie », le « citoyen du monde », itou. Rien de moins laïque, Charlie et citoyen du monde que la petite Jeanne.

D’aucuns disent, bien sûr, qu’il fut un temps – celui des hussards noirs de la République – où la gauche n’avait aucune difficulté à s’approprier la Pucelle et tous ses petits camarades auréolés, de Saint Louis à sainte Clotilde, en passant par sainte Geneviève. Parce que ces socialistes-là aimaient assez la France pour ne pas lui ôter ses pierres d’angle.

Quand la France n’est pour la gauche d’aujourd’hui qu’un squat au milieu d’un terrain vague, une maison abandonnée aux fenêtres battantes, dans laquelle on passe, rigole, fume, profite et se chauffe en jetant dans la cheminée, les uns après les autres, les linteaux de porte, les boiseries du salon et les cadres dorés, ultimes témoins d’un lustre passé.

L’européiste et ultralibéral Macron veut reprendre Jeanne, parle « d’Histoire » et de « racines ». On croirait un boucher de l’abattoir du Vigan clamant son amour des coccinelles. Les fillettes têtues ne se kidnappent pas si aisément. Celle-ci a déjà donné du fil à retordre à plus coriace que lui.

Gabrielle Cluzel

Source : http://www.bvoltaire.fr

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