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Le blog politique de Thomas JOLY

Naufrage des missions régaliennes de l’État

2 Mars 2016, 06:01am

Publié par Thomas Joly

La sécurité des citoyens est la mission essentielle de l’État. La terminologie républicaine et française est d’ailleurs paradoxale, qui fait référence à la tradition monarchique pour désigner ce rôle primordial. Les « fonctions régaliennes » comprenaient jadis la police, la justice, la défense et la monnaie. Déjà, depuis l’adoption de l’euro, le corps souverain de la République a perdu l’un de ses membres et c’est sans doute pourquoi il va claudiquant. Plus exactement, l’autorité sur la monnaie s’est muée en pouvoir sur les finances et celui, en particulier, de s’autoriser des déficits récurrents depuis plus de 40 ans !

Mais au fil des années la solidarité, cette nouvelle et si noble cause, a ravi la priorité aux autres missions et englouti avec ferveur les budgets qui auraient dû leur être consacrés. C’est ainsi que les armées, la justice, mais aussi la police ont payé le lourd tribut d’une prodigalité sans frontières au « social », cette fierté toute française dont seuls les hommes politiques en mal d’autorité et de vision se félicitent, avec les innombrables bénéficiaires, évidemment, lesquels les confortent périodiquement avec leurs voix, pour ceux qui en ont le droit.

Le procès de la bande de braqueurs fous de Redoine Faïd illustre, hélas, la faillite d’un État reniant ses fonctions régaliennes quand la belle humanité se retourne en de fatals boomerangs contre certains de ses citoyens.

La mort d’Aurélie Fouquet est jugée six ans après les faits. Six ans pour l’enquête et la procédure judiciaire, délai qui a permis au fils de la policière assassinée d’atteindre l’âge dit de raison. Donc de raisonnement. Ce futur citoyen-là risque fort de développer un syndrome fort de révolte et d’insoumission, sinon de vengeance.

Mais à la lenteur de la justice s’ajoutent cette minutie du droit et les incertitudes qui font, avec les vices de procédure, la nourriture des avocats. Ceux-là se repaissent des faiblesses du corps judiciaire au point que le fléau de la justice penche désormais fortement de leur côté. Dans le procès qui s’ouvre, le sujet principal est, selon les médias claironnants, de savoir qui est le véritable assassin d’Aurélie. Imaginons les fils à dévider au cours d’une enquête et le travail des experts impliqués – 25 paraîtront aux audiences – pour savoir à quel instant quel doigt de quel homme a appuyé sur la détente de quelle arme qui a projeté quelle balle fatale vers la victime ? Elle, en revanche, a été immédiatement identifiée !

Cette bande de braqueurs est collectivement – solidairement ? – responsable. Tous, possesseurs d’une arme, étaient en toute connaissance de cause engagés dans une action commando et il importe peu de connaître le véritable tireur, alors que tous en avaient la vocation. Quant au commanditaire, même s’il n’était pas directement impliqué dans l’opération, il est autant sinon plus coupable que les exécutants.

Gageons qu’à l’arrêt de la cour succéderont des recours en appel qui renverront à de nouveaux procès aux calendes. Le fils d’Aurélie sera alors bien armé pour la vie.

Henri Gizardin

Source : http://www.bvoltaire.fr

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