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Le blog politique de Thomas JOLY

Les coûts flambent chez les pompiers : la rançon du confort de masse

31 Mars 2016, 05:01am

Publié par Thomas Joly

De Charlemagne à Louis IX (la fameuse « part du feu » supportée par certains métiers) à François Ier, jusqu’aux « garde-pompes du roy » sous la Régence, aux grandes lois de 1831 et 1884 qui municipalisèrent le corps des pompiers, jusqu’à leur pleine et entière départementalisation par la loi du 3 mai 1996, l’histoire des soldats du feu a toujours été marquée de l’empreinte de la puissance publique, soucieuse de répondre efficacement à ce fléau dévastateur entre tous, notamment dans les faubourgs où la misère sociale se concentrait dans des logements insalubres.

Depuis une vingtaine d’années (et bien plus si l’on considère que les premiers SDIS [services départementaux d’incendie et de secours] furent officiellement créés sous la IVe République) se pose, lancinante, la question du coût du service public d’incendie et de secours, attendu, en outre, que les communes ont eu systématiquement tendance à mutualiser une activité que les progrès technologiques n’ont pas moins rendue nécessaire.

Toutefois, force est de constater que le « cœur de métier » des soldats du feu s’est progressivement déplacé de la défense contre l’incendie vers l’assistance à la personne en danger. Près de 70 % des interventions du personnel (professionnel et volontaire) des SDIS sont consacrés à l’aide médicale urgente, les SAMU eux-mêmes jugeant parfois que le temps de réactivité de leurs collègues est bien plus court et plus adapté aux situations impérieuses.

Par surcroît, le corps des sapeurs-pompiers reste caractérisé par une « fonctionnarisation » qui alourdit considérablement les finances publiques départementales (supportant déjà près de 60 % des dépenses de fonctionnement du service public). Dans un chapitre de son rapport annuel pour 2011, la Cour des comptes constatait, nonobstant, que « les sapeurs-pompiers volontaires (SPV) constitu[ait] environ 80 % des effectifs des sapeurs-pompiers », ce qui représentait une économie substantielle globale, puisque, soulignaient encore les magistrats de la rue Cambon, « la masse salariale des 197.307 sapeurs-pompiers volontaires est dix fois moins importante que celle des 40.301 sapeurs-pompiers professionnels ».

Dès lors, soumis à des restrictions budgétaires drastiques, des départements comme l’Essonne, la Moselle ou les Yvelines ont décidé de faire payer aux contribuables toute intervention des pompiers qui excéderait le cadre strict de leurs missions. Il y a quelques jours, le conseil d’administration du SDIS du Calvados a ainsi décidé de facturer 241 euros pour aller relever une personne à son domicile, 463 euros pour un déblocage d’ascenseur, 410 euros pour un appel abusif avec engagement de moyens ou encore 96 euros pour une recherche de documents administratifs.

Mais la tension dialectique entre économie des moyens et logique de service public semble, malgré tout, se heurter à cette aporie : nos sociétés postmodernes et maternées ne contribuent-elles pas, finalement, à augmenter inconsidérément le coût de prestations élémentaires autrefois prodiguées par la famille, les voisins, voire, en dernière extrémité, par le médecin de « famille », sinon… le curé du village ? Les solidarités communautaires naturelles ont cédé progressivement le pas devant l’axiomatique du confort de masse.

Aristide Leucate

Source : http://www.bvoltaire.fr

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