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Le blog politique de Thomas JOLY

Femmes battues, maris plombés : fallait-il aussi gracier Bernadette Dimet ?

6 Février 2016, 09:44am

Publié par Thomas Joly

Je me souviens d’un avocat qui parlait du « temps judiciaire ». Il entendait par là l’intrusion d’un fait immaîtrisable dans les rouages de la justice. Autrement dit, le Sort, avec un grand S, le fatum des Anciens, c’est-à-dire ce qu’aucun avocat ou magistrat ne saurait anticiper mais qui pèse parfois plus que les faits jugés sur un procès. Et le sort a un nom : il s’appelle le fait divers. Le hasard du temps judiciaire, c’est l’écho de l’actualité (politique, criminelle) sur la chose jugée.

Dimanche soir 1er février, François Hollande usait de son droit de grâce présidentielle au bénéfice de Jacqueline Sauvage après que des pétitionnaires rameutés par des gens qui ne l’avaient jamais croisée, n’avaient pas suivi son procès et ne connaissaient de l’affaire que les « on-dit » eussent réclamé l’effacement d’un jugement qui, en appel, venait à nouveau de condamner cette dame à 10 ans de réclusion pour l’assassinat de son mari. Trois balles dans le dos et dans le salon. 
L’émotion ayant aujourd’hui valeur de vérité révélée, le Président a donc à demi obtempéré ; moins par goût de la justice, au cas où celle-ci aurait été mal rendue, que par une inclination personnelle qui le situe toujours le cul entre deux chaisières. Plus une bonne dose de calcul électoral, ce traînard des sondages espérant ainsi s’aliéner le vote des femmes.

Jeudi 4 février s’ouvrait aux assises de Grenoble le procès de Bernadette Dimet, 59 ans, accusée elle aussi d’avoir tué son mari violent : deux coups de fusil. Ça s’est passé de face, dans le jardin. Néanmoins, comme dit l’avocat de Mme Dimet, il existe des « dénominateurs communs » entre les deux affaires : « On ne peut pas nier quelques ressemblances. Ma cliente est une femme battue, mise sous la pression de son mari pendant des années. Elle était une esclave plutôt qu’une épouse, une martyre du quotidien qui partageait avec son mari une vie de couple archaïque. Comme Jacqueline Sauvage, Bernadette Dimet a vécu sa peur dans le silence, sans jamais prendre la parole. Comme elle, on lui reproche aujourd’hui de ne pas avoir su partir pour de bon », dit-il à Metronews.

Vendredi soir, le verdict est tombé : 5 ans avec sursis pour Bernadette. Il faut dire que son avocat, plus sensé, n’a pas osé plaider comme son confrère l’invraisemblable et scandaleuse « légitime défense différée ». Un jugement clément, donc, dont la peine, bien inférieure à celle réclamée par l’avocat général (8 ans), équivaut finalement à la demi-grâce de Jacqueline Sauvage.

On ne peut s’empêcher, toutefois, de ressentir comme un malaise devant certains faits :

– Jacqueline Sauvage a été victime des violences de son époux pendant 47 ans, Bernadette Dimet pendant 39 ans. C’est une très très longue tolérance…
– Ses filles pour la première, ses sœurs pour la seconde, ont été violées par leur père et beau-frère. Durant des années, voire des décennies. Or, les mère et grand-mère savaient. Ne se sont pas interposées pour les protéger, n’ont pas averti la police, n’ont pas porté plainte, pas quitté le domicile. « Maman nous a demandé de retirer notre plainte », disent à la barre les sœurs Dimet.

Alors ? Alors femmes battues, oui, femmes torturées mais aussi femmes complices, et il faut le dire. Que penser, en effet, de Jacqueline Sauvage coursant en voiture la maîtresse de son mari jusqu’à contraindre celle-ci à se réfugier à la gendarmerie ? Que penser de Bernadette Dimet refusant, elle aussi, de porter plainte, refusant également l’aide des gendarmes et celle des associations de soutien aux femmes battues ?

Oui, ces femmes sont des victimes, mais elles ne sont pas que cela. Elles sont aussi agissantes, complaisantes parfois, et coupables de ne pas protéger leurs enfants.

Prétendre à « l’égalité » des hommes et des femmes, c’est savoir le reconnaître au lieu de les cantonner toujours au sempiternel rôle de martyres.

Marie Delarue

Source : http://www.bvoltaire.fr

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