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Le blog politique de Thomas JOLY

Goodyear : enfin une justice indépendante ? (par Yannik Chauvin)

15 Janvier 2016, 06:11am

Publié par Thomas Joly

De la prison ferme pour huit anciens salariés, dont des responsables syndicaux, qui avaient séquestré pendant trente heures deux dirigeants de l’entreprise. Cela se passait à l’usine Goodyear d’Amiens-Nord, il y a deux ans. Ils écopent de deux ans de prison dont quinze mois avec sursis.

Stupeur dans le petit monde politique de gauche et en Syndicalie. « Décision ignoble », dit-on ici. « Décision purement politique », geint-on là. « Regardez ce qui vous attend si vous vous battez pour votre boulot », affirme un condamné. « Volonté d’intimider les militants syndicaux », diagnostique un avocat.

Au micro de France Inter, ce mercredi, le socialiste Gérard Filoche s’étouffe d’indignation : « Dans quel pays on est ? Ce juge n’a jamais connu l’histoire des mouvements sociaux en France ? Y en a eu, des gens séquestrés : ça fait partie de l’histoire sociale. Comment peut-on, quand on est juge, se permettre de faire ça contre des gens qui défendent leur emploi ? Il faut défendre le respect de l’action syndicale. »

La plus grande surprise vient de la nouveauté de ce jugement. « Avant, on n’avait jamais condamné de tels actes », entend-on chez les professionnels de l’agitation. Et si, avant, on avait eu tort ? Et si le changement, c’était maintenant ?

Petit rappel juridique : Code pénal, art. 224-1 : « Le fait… d’arrêter, d’enlever, de détenir ou de séquestrer une personne est puni de vingt ans de réclusion criminelle. » La séquestration n’est donc ni une contravention ni un délit. Au même titre que le meurtre ou le viol, c’est un crime, l’infraction la plus grave du droit français.

Cette affaire peut inspirer trois réflexions.

D’abord, ceux qui tiennent l’indépendance de la justice pour une valeur cardinale de la république – c’est-à-dire, en gros, ceux qui soutiennent encore le gouvernement – sont les plus braillards pour dénoncer une décision de justice lorsqu’elle ne leur convient pas. « Moi président, je ferai fonctionner la justice de manière indépendante », avait prévenu le candidat Hollande. Pourquoi s’indignent-ils au lieu de saluer la décision du tribunal correctionnel d’Amiens comme une preuve d’indépendance ?

Et si la politisation croissante de la justice – voir la position officielle du Syndicat de la magistrature en faveur de Hollande en 2012, ainsi que l’affaire du « mur des cons » – subissait, enfin, un coup d’arrêt ? Si des juges vraiment indépendants avaient décidé d’être pleinement ce troisième pouvoir impartial – bandeau sur les yeux – qui fait tant défaut parfois. Alors, tant mieux, n’en déplaise aux justiciers sectaires.

Et puis, quels que soient les mobiles qui poussent à l’acte, un crime reste un crime. Les buralistes, les bijoutiers, les policiers, condamnés pour avoir tiré sur des agresseurs se comptent par dizaines. Non ! Dans un État de droit, tous les moyens ne sont pas bons. Et entendre Filoche, du Bureau national du PS, prétendre le contraire en dit long sur la morale socialiste et la dérive de certains politiciens.

Source : http://www.bvoltaire.fr

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