Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le blog politique de Thomas JOLY

Uberisation du travail et ringardisation de la justice (par Aristide Leucate)

9 Décembre 2015, 06:26am

Publié par Thomas Joly

Notre langue française s’est récemment « enrichie » d’un néologisme « globich », l’uberisation, dont la paternité revient à Maurice Lévy, PDG de Publicis. Selon l’économiste Charles-Antoine Schwerer, « l’uberisation est le fait, pour une entreprise dominante sur un marché, de voir celui-ci se faire très vite redessiner par un acteur nouveau de l’économie numérique, et de se réveiller une fois que c’est trop tard. Si on garde cette définition première, cela rejoint le terme anglais de “disruption” » (Metronews, 25 juin 2015).

Ce dernier terme est lui-même directement inspiré de la théorie schumpetérienne de l’innovation comme processus de destruction créatrice. L’économiste américain, Clayton Christensen, définit « l’innovation disruptive » comme un stade du capitalisme avancé, par lequel un marché subit de profonds bouleversements du fait de mutations technologiques permettant « un accès massif et simple à des produits et services auparavant peu accessibles ou coûteux ». Christensen précise que « la disruption change un marché non pas avec un meilleur produit – c’est le rôle de l’innovation pure -, mais en l’ouvrant au plus grand nombre » (La Tribune, 10 mars 2014).

Google, AirBNB ou HomeAway dans l’hôtellerie, ou Deezer et Spotify dans la musique, ont déjà investi ce secteur capitalistique plus que rentable pour leurs instigateurs, au risque, non seulement de concurrencer les monopoles existants, mais aussi d’écraser des artisans ou entreprises de tailles plus modestes, par un dumping des prix sans scrupules. Amazon apparaît, ainsi, comme l’archétype du « disrupteur » frappant d’obsolescence accélérée la plupart des libraires, y compris d’ailleurs (comble de l’ironie) celles-là mêmes qui furent les précurseurs dans l’étouffement progressif des vendeurs de livres, tels la FNAC ou Virgin Megastore.

Autant dire que l’uberisation n’est pas une réalité sociale et économique inconnue. La fortune de son substantif affreux vient surtout de son entrée tonitruante par les portières des compagnies de taxis qui, au début de l’été, ont violemment manifesté à l’encontre de l’entreprise américaine UberPop qui proposait, via une application, une offre payante de transport de particuliers. Selon la formule ancienne et souvent conviviale (et parfois hasardeuse, sinon risquée, dans sa forme auto-stoppeuse) du covoiturage, des particuliers s’improvisaient chauffeurs de taxi dans leurs propres voitures, sans formation ni licence et sans police d’assurance intégrant un coefficient de risque adapté à la profession routière.

Une activité manifestement déloyale à l’égard des taxis et autres transporteurs patentés qui a été considérée par les tribunaux français comme une « pratique commerciale trompeuse ». UberPop avait, en effet, écopé, le 16 octobre 2014 dernier, de 100.000 euros d’amende par le tribunal correctionnel de Paris, peine que vient d’aggraver la Cour d’Appel de Paris, en portant l’amende à 150.000 euros, mais en-deçà des réquisitions du Parquet qui avait réclamé 200.000.

Une décision de justice déjà ringardisée par un turbo-capitalisme de prédation qui, depuis longtemps, a low-costisé ce qui faisait, naguère, la fierté de notre tissu économique et industriel comme de notre secteur public. Dans un contexte grave de pénurie du travail (hormis dans la boucherie, la chaudronnerie et quelques autres), l’uberisation apparaît comme une opportunité à une main-d’œuvre nomadisée de plus en plus nombreuse qui se fabrique des « emplois » jetables à défaut d’embrasser un métier durable.

Source : http://www.bvoltaire.fr

Commenter cet article