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Le blog politique de Thomas JOLY

Mein Kampf : « Retour vers l’enfer » ou « Chérie fait moi peur » ?

16 Décembre 2015, 06:09am

Publié par Thomas Joly

C’est une question que l’on peut se poser quand on constate la mise en scène accompagnant la réédition de Mein Kampf par les éditions Fayard.

La polémique concernant cette parution, annoncée pour le 1er janvier 2016, date à laquelle l’unique écrit d’Adolf Hitler tombera dans le domaine public, est actuellement supplantée par les événements que chacun connaît. Elle a commencé très tôt, et sans doute trop tôt. Indignations et inquiétudes ont trouvé un chef de file dans la personne de Jean-Luc Mélenchon, qui demande dans une lettre à l’éditeur de renoncer : « éditer c’est diffuser, et diffuser c’est commencer à convaincre ».

Pourtant l’objet du délit était, depuis longtemps déjà, publié en français par les Nouvelles Editions Latines. Il est, de plus, aisément téléchargeable par tous sur internet, et par ailleurs déjà publié en de nombreux pays et de nombreuses langues.

Il est probable que Fayard vise, et obtiendra, un succès commercial, même s’il promet que les droits en seront reversés, on ne sait encore à quel bénéficiaire … Les protestations des indignés, que ceux-ci en soient conscients ou non, font partie intégrante de la promotion. 

De très honorables raisons sont avancées pour justifier l’intérêt et le coût probable de cette nouvelle version : la traduction en serait bien meilleure, et elle serait accompagnée, comme antidote de ce poison dangereux, d’une introduction, et de moult notes et commentaires, explications ou rectifications critiques, par des historiens au-dessus de tout soupçon, ce qui devrait permettre de couper l’herbe sous le pied des exploitations fascistes, complotistes, antisémites, révisionnistes, négationnistes, de ce livre pestiféré.

On remarquera avec amusement que le premier à avoir voulu faire interdire une parution complète de ce livre en français fut Adolf Hitler lui-même. En 1934 Charles Maurras avait sollicité l’éditeur Fernand Sorlot pour sa traduction intégrale, avec le soutien improbable, inavouable, et inavoué alors, de la LICA (cette Ligue Internationale Contre l’Antisémitisme n’avait  pas, à cette époque, annexé le Racisme), ainsi qu’une épigraphe du maréchal Lyautey : « Tout Français doit lire ce livre », dans une volonté commune d’alerter nos compatriotes d’alors sur les dangereux projets du nouveau Chancelier allemand. Celui-ci ne voulait permettre la publication de ce livre, à cette période, qu’en versions tronquées et modifiées selon les pays et les intérêts du Reich. Il intenta un procès en France contre l’éditeur, le perdit, et le Führer fut deux fois furieux.

Il n’est pas moins amusant d’observer que ce brûlot, interdit pendant l’occupation, fut re-publié après la Libération par la même maison propriétaire des droits pour notre pays, et qu’en 1978 la « LICRA » désormais, voulut cette fois le faire interdire à son tour, avec condamnation de son ex-complice, pour « incitation à la haine raciale », n’obtenant finalement en 1979 que l’ajout de 8 pages d’avertissement.

Bientôt, donc, les germanistes pourront juger eux-mêmes de la supériorité annoncée de la nouvelle traduction, et les passionnés d’Histoire de la qualité du travail d’accompagnement, mais on peut se demander pourquoi de telles précautions, et pourquoi, malgré elles, de telles craintes  pour un ouvrage généralement jugé mal écrit, confus, ennuyeux, et si évidemment délirant ? Puisque cet écrit est incontestablement nul, où serait le danger et pourquoi s’opposer à une diffusion qui permettrait à chacun de s’en rendre compte ? Aurait-on peur à ce point, dans notre démocratie, du jugement du peuple ou plutôt de son absence de jugement ?

Le danger n’est pourtant pas bien grand. La majorité de ce peuple ne lit pas, parce qu’il n’aime pas, et souvent ne sait pas, lire. Pour ceux qui avaient déjà des tentations, ou simplement une curiosité, bien entendu malsaine, de ce côté, il n’est pas douteux qu’ils n’aient déjà fait cette lecture, à moindre coût et précautions. En dehors des cibles déjà citées, il y aura sûrement des victimes de la mode, des amateurs de frissons sans risque, et quelques esprits curieux qui ne se sont pas déjà fait leur idée à partir des éditions déjà existantes mais que l’encadrement prévu rassurera. Cela fera bien assez de monde pour le succès visé.

La polémique a-t-elle, pour ses promoteurs d’autres intérêts, outre celui de l’éditeur, que  d’entretenir artificiellement la flamme vacillante mais encore utile de la lutte contre le fascisme supposément renaissant, dont cette réédition serait un symptôme inquiétant ? Le rappel, à cette occasion, de l’audience que connaît depuis longtemps Mein Kampf dans le monde musulman pourrait, par ailleurs, fournir des arguments au service d’autres amalgames que ceux qui sont habituellement fustigés par les médias bien pensants.

Lire la suite : http://www.medias-presse.info/mein-kampf-retour-vers-lenfer-ou-cherie-fait-moi-peur/45700

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