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Le blog politique de Thomas JOLY

Sociologie d’un massacre : une France coupée en deux (par Marie Delarue)

19 Novembre 2015, 06:35am

Publié par Thomas Joly

Il n’y a pas de « génération Bataclan », dire cela est une foutaise. Il y a en revanche, lorsqu’on s’y penche d’un peu près, une véritable sociologie de ce massacre, et ce qu’elle nous dit de la France d’aujourd’hui n’est pas de nature à nous rassurer.

On peut trouver sur les sites des grands médias la liste des victimes du massacre de vendredi dernier, leurs noms, âges, parcours et professions. Dans ce quartier entre Bastille et République, là où Paris s’anime le soir venu, sont morts en masse de jeunes gens sains, joyeux, qui croyaient en l’avenir. Les victimes sont en majorité des graphistes, journalistes, ingénieurs, musiciens et musicologues, agents de labels de disques, gens de médias, étudiants en école d’art, profs de fac… Et pour le pourcentage restant, ce sont les patrons et employés des établissements visés ; dont un certain nombre de « reconvertis », d’ailleurs, passés du monde des cols blancs à la salle de restaurant. Pour résumer : des diplômés, des surdiplômés, des entrepreneurs et des entreprenants… Pas des fils de famille, mais des acharnés du travail et de la méritocratie.

Et en face ? Des ratés. Des losers. De petites frappes passées de la médiocre délinquance au terrorisme, pour l’essentiel des incultes fanatisés. Des mômes qui, pour certains, sont passés devant la porte de l’école sans s’y arrêter, d’autres plus psychopathes que religieux.

Mardi matin, Sébastien, l’un des otages du Bataclan – celui qu’on a pu voir porter secours à cette femme enceinte suspendue à une fenêtre -, racontait sur RTL l’heure qu’il a passée face à ces insondables crétins, sous la menace de leur kalachnikov. Il rapporte d’une voix posée, avec des mots choisis, sans emphase, sans haine, sa plongée dans l’absurde.

Il avait réussi à se cacher quand les terroristes les ont trouvés, lui et les quelques personnes refugiées avec lui. Ils les ont alors emmenés dans la salle pour leur montrer les victimes agonisantes : « Ils ont d’abord discuté entre eux, puis ils nous nous ont expliqué que c’était en réponse aux bombes larguées en Syrie. Que ce n’était que le début, qu’ils étaient là au nom de l’État islamique. Ensuite, ils nous ont demandé si l’on était d’accord avec eux. Je vous laisse imaginer le silence qui a plané à ce moment-là… On a hoché de la tête pour les plus timides et dit oui pour les plus téméraires. »

Puis ils leur demandent du feu… tendent à Sébastien « une liasse de billets ». « Ils voulaient savoir si l’argent avait une importance à mes yeux. J’ai répondu évidemment non… », dit-il, alors il a fallu qu’il la brûle. Ce qu’ils voulaient ? « C’est la vraie question qu’on se pose encore », répond le jeune homme. « Ils voulaient parler à des journalistes… Ils ont eu un négociateur qui les a tenus en haleine, mais tout ce qu’ils ont demandé, c’est que les policiers s’éloignent. » Il en a déduit qu’ils tenaient quand même à leur vie.

Quand on lui demande ce qu’il a appris de ses bourreaux, durant cette heure de tête-à-tête, Sébastien répond : « D’eux ? Pas grand-chose. Qu’ils avaient besoin certainement d’un idéal que le monde occidental dans lequel ils vivaient, puisque c’était des Français, ne leur offrait pas. Ils ont trouvé un idéal mortuaire, un idéal de vengeance, de haine et de terreur… À un moment, finalement, ils ont voulu se sauver en nous prenant en otages, c’était notre chance qu’ils tiennent à leur vie, mais ils ont réalisé trop tard que la vie était importante. »

Quant à lui, il y a découvert la valeur de l’existence : « Moi, j’ai réalisé que chaque moment que l’on vit avec sa famille et ses amis est une bénédiction. J’ai l’impression d’être né une deuxième fois et je vais faire en sorte de bien profiter de cette nouvelle vie qui m’a été offerte. »

On le lui souhaite.

Source : http://www.bvoltaire.fr

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