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Le blog politique de Thomas JOLY

Patriotes, vraiment ? Alors, respectons le patrimoine ! (par Marie Delarue)

27 Novembre 2015, 17:59pm

Publié par Thomas Joly

Le patriotisme est aujourd’hui à l’honneur, qui l’eût cru ? Prescrit par un François Hollande qui y voyait hier encore l’empreinte de la bête immonde, préfiguration des bruits de bottes et des Panzer dans les potagers, entre rangs de laitues et haricots verts. Désormais, c’est donc « Français, pavoisez vos fenêtres et vos balcons, la France est de retour ! »

Bleu-blanc-rouge à tous les étages. Soit.

Dans le champ lexical de la patrie – le pays du père – et du patriotisme – aimer la terre du père -, on trouve aussi le patrimoine. Emprunté au mot latin patrimonium, le mot désigne d’abord le bien de famille et, par extension, celui de la famille nationale. Le patrimoine est ce que l’on reçoit et que l’on doit transmettre en l’ayant conservé, respecté, entretenu et, s’il se peut, « amélioré ». Pas salopé ni défiguré, saccagé, encore moins dénaturé. Le devoir du patriote – celui qui aime sa patrie – est donc un devoir filial qui s’inscrit dans la durée, constituant au fil du temps la longue mémoire des hommes.

Hélas, le politique n’est qu’un patriote très épisodique (la preuve par François Hollande) ; il l’est surtout de façon très opportuniste, généralement au gré des vents mauvais. Alors le patrimoine, hein… ça lui sert surtout à se faire mousser et à offrir des rentes de situation aux copains. La France étant riche en monuments, il n’y a hélas que l’embarras du choix pour les profanateurs. La dernière cible s’appelle Anzy-le-Duc, superbe prieuré du Brionnais, un chef-d’œuvre d’art roman construit dans la magnifique pierre dorée de Bourgogne.

unnamedUn généreux mécène (industriel local, à ce qu’on dit) a offert de restaurer l’église Notre-Dame-de-l’Assomption. La nécessité porte sur les fresques médiévales de l’abside et cette offre généreuse est une véritable aubaine pour cette petite commune désargentée. Mais le mécène vise autre chose. Espérant sans doute réitérer l’opération Soulages de Conques, il exige de remplacer tous les vitraux, y compris ceux restaurés voilà dix ans, et impose l’artiste : ce sera Gérard Fromanger.

Mais Fromanger n’est pas Soulages, et si l’abstraction austère de l’un peut servir la beauté pure de cet autre chef-d’œuvre qu’est l’abbatiale de Conques, il en va tout autrement du projet d’Anzy-le-Duc : sur ce qui ressemble à une affichette d’école maternelle pour la kermesse de fin d’année, on voit derrière des bulles de couleur des silhouettes alignées, et même une bicyclette. Oh, bien sûr, l’artiste a des « intentions ». Il s’agit, dit-il, de « représenter l’énigme de notre existence, avec des scènes de passants dans le cosmos, les ronds figurant des planètes et le spectre total des couleurs ». Cosmos pour cosmos, on préfère les vues du télescope Hubble !

unnamed-11Qu’importe, en fait, la vision de Gérard Fromanger sur le cosmos, son inaptitude à apercevoir la transcendance ou, en tout cas, à la représenter. À vrai dire, même, on s’en fout. La seule chose qui importe, c’est que cela n’a pas lieu d’être dans cette église. Que cette platitude bigarrée dont ne voudrait même pas un marchand de couleurs pour sa publicité est nulle et non avenue. L’artiste se défend : mais tout le monde est content, les élus comme la Direction régionale des affaires culturelles ! Hélas, on n’en doute pas un instant.

Anzy-le-Duc a des vitraux en bon état, contrairement à ses fresques. Il se peut qu’ils ne plaisent pas au généreux mécène et que la DRAC, au nom de la nouvelle religion nommée laïcité, veuille troquer la croix pour une bicyclette, mais l’église du XIIe siècle est classée et ses vitraux actuels s’inscrivent parfaitement dans le patrimoine architectural existant. Pourquoi les démolir ?

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