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Le blog politique de Thomas JOLY

Une Fleur d’anthologie (par Martin Peltier)

29 Octobre 2015, 09:31am

Publié par Thomas Joly

On a longtemps pensé que Fleur Pellerin était sotte. Elle ne savait même pas ce qu’il y avait dans son bureau, c’est tout dire. Voilà pourquoi François et Manuel l’ont prise en main. Leurs conseils, saisis au vol par France 3 et disponibles sur closer.fr, nous semblent frappés au coin du bon sens. François, la flûte à la main, lui souffle d’aller voir Jack, « il était capable d’avoir des idées, c’était sa force ». Manu ajoute : « Et Monique. » Puis, inventif et paternel : « Va au spectacle. » François reprend : « Tous les soirs. Et dis-leur que c’est beau. Ils ont besoin d’être aimés. »

 

Munie d’un tel vade-mecum pratique, Fleur ne manquera pas d’être un grand ministre de la Culture. Car, côté théorie, elle a déjà phosphoré à fond. C’est par le vagin de la reine que l’esprit philosophique lui est venu. Quand des inconnus eurent couvert celui-ci d’inscriptions antisémites, Amish Kapoor souhaita qu’on les laissât visibles, elles étaient pour lui « le signe de quelque chose ». La dame de la rue de Valois le soutint chaudement. L’artiste est empereur en son royaume, après tout, comme aurait dit Philippe le Bel. Et puis des associations firent valoir les heures les plus sombres, et au-dessus de Fleur, on trancha. Le vagin de la reine fut passé à la feuille d’or en ses endroits peccamineux. Cachez ce nauséabond que je ne saurais sentir. Fleur s’inclina mais demeura troublée : l’art contemporain est ce que l’artiste nomme art, or, en la circonstance, ce n’était pas l’artiste qui avait décidé, mais le politique, appuyé sur la morale. D’une certaine manière, l’art contemporain était donc mort, et notre ministre restait avec un nœud de contradictions sur les bras, dont il lui appartenait de sortir par le haut pour définir un art post-contemporain.

Elle a gambergé, et elle a trouvé. Elle vient de produire une loi, adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale par quinze voix et cinq abstentions – l’unanimité saluée par le silence. Cette loi regarde le patrimoine, dont on sait que l’État ne peut plus l’entretenir, occupant ses budgets ailleurs. Désormais, toute modification d’un lieu inscrit à l’inventaire des monuments historiques, soit réfection soit création, ne sera plus soumise à l’autorisation des architectes des bâtiments de France. L’artiste se trouve totalement affranchi de la tutelle technique de l’État. Au-dessus du règlement, au-dessus des us, des coutumes, de l’Histoire, du bon sens. Mais attention, il ne s’agira pas de n’importe quel artiste. Il lui faudra toujours, en effet, l’autorisation de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC). C’est-à-dire d’un organisme qui n’a pas de compétence artistique ni technique, mais une immense autorité morale et politique. On y trouve des fidèles de la Ligue de l’enseignement et des membres du Syndicat de la magistrature. Ainsi est résolue la contradiction qui semblait lier Fleur Pellerin : l’État choisit sur des critères moraux et politiques des artistes tout-puissants qui pourront reproduire à l’infini la pensée unique en se délestant du poids de la technique et des traditions.

C’est très avantageux pour le commerce. Imaginez que vous ayez envie de monter un restaurant dans la galerie des Glaces ou un bordel à la Sainte-Chapelle : il suffit de vous associer à un copain qui a l’oreille de la DRAC pour en faire un projet artistique. Ça passera comme une lettre à la poste, avec le sourire de Fleur en prime. Même Jack n’avait pas eu cette idée !

Source : http://www.bvoltaire.fr

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